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L’hommage d’Édouard Louis à Rachel Keke
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Retraites. Ramener le réel en politique. Envoyer des témoignages de travailleuses en souffrance à la figure de ce gouvernement. Voilà ce qu’a fait Rachel Keke lors d’une intervention qui a fait trembler les murs de l’Assemblée le 6 février 2023 lors d’un débat sur la réforme des retraites. « Vous n’avez pas le droit de mettre à genoux les gens qui tiennent la France debout ! », s’est-elle exclamée.
Une intervention qui n’a pas échappé à Édouard Louis, avec qui nous nous étions entretenus pendant la campagne présidentielle de 2022. Ramener le réel en politique : voilà le leitmotiv de l’auteur de Qui a tué mon père et En finir avec Eddy Bellegueule. Exactement ce que fait Rachel Keke à l’Assemblée nationale, malgré le mépris du camp présidentiel. Édouard Louis lui rend un vibrant hommage, tacle un gouvernement qui « n’a pas l’humanité d’être convaincu », et appelle à durcir le rapport de force contre la retraite à 64 ans.
Retraites : « Ce gouvernement n’a pas l’humanité d’être convaincu »
On m’avait dit de regarder l’intervention de Rachel Keke à l’Assemblée nationale, à propos de la réforme des retraites. Je l’avais ratée le jour de sa diffusion et des amis me répétaient à quel point cette prise de parole avait été importante : Rachel Keke y parle de la violence du gouvernement qui veut forcer à travailler plus longtemps des personnes déjà broyées par le travail.
Elle insiste sur un point : aucun membre de ce gouvernement ne connaît concrètement la pénibilité du travail, aucun ne sait ce que veut dire pousser un chariot de plus de 50kg pendant des heures ou s’occuper de 20 personnes âgées dans une même journée. J’étais sûr que de voir cette vidéo me réconforterait. En vérité, c’est le contraire qui s’est passé. Je me suis senti infiniment triste. Pourquoi ? Parce que tandis que la députée de la FI parle d’épuisement, de douleur, de corps qui ne tiennent plus, les députés macronistes en face semblent incapables de l’écouter. On les voit pour la plupart consulter leur téléphone, discuter entre eux, rire même.
Le contraste entre les deux images est immense, bouleversant. Comment cette indifférence est-elle possible ? Ou plutôt : en quoi cette indifférence est-elle le révélateur absolu de cette réforme ? Ce contraste, si douloureux, nous apprend une chose : c’est qu’on ne pourra jamais convaincre ce gouvernement, mais seulement le combattre. Ce gouvernement n’a pas l’humanité d’être convaincu. Il ne peut qu’être mis en échec. Comment ? Il faudrait sans doute radicaliser le mouvement de contestation, créer du désordre, faire peur, même si le déchaînement policier instauré par Macron rend cette radicalisation difficile.
Peut-être qu’il faudrait nous organiser mieux : pour certaines et certains d’entre nous, financer la grève des métiers qui peuvent véritablement imposer un rapport de force contre le gouvernement : éboueurs, raffineries, transports…Parce que la seule présence de nos corps dans la rue ne suffira pas. Parce qu’aucune image de foule ne peut les toucher. Parce que, pour avoir la capacité à être touché, il faut un minimum de compassion et d’intelligence que les membres de cette majorité ont perdu depuis longtemps. Les images le prouvent.




