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La honte et la faim
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La honte et la faim, par Benoît Bréville (Le Monde diplomatique, mai 2023) (monde-diplomatique.fr)
Jadis, on y voyait vertu. Avant d’obtenir pitance, les indigents devaient ressentir l’opprobre de la mendicité. On les obligeait à jouer des coudes devant les œuvres de charité, à patienter dans le froid sous l’œil méprisant des passants. Ainsi, ils chercheraient à s’extraire de leur condition.
Nul ne défend plus cette « pédagogie de la honte (1) », qui connut son heure de gloire au XIXe siècle. Les services sociaux et les organisations caritatives prétendent à présent restaurer l’« autonomie », la « dignité » des démunis, grâce à des épiceries sociales et des supermarchés solidaires qui offrent une apparence de liberté en proposant de choisir entre quelques produits souvent peu ragoûtants. Des applications relient même directement requérants et commerçants, afin d’« éviter à des étudiants ou à des travailleurs pauvres la stigmatisation et la honte qu’ils ressentent à se rendre dans des centres de secours alimentaire » — comme le vantent deux chercheurs qui rêvent de faire advenir une aide « socialement acceptable » (2).
En attendant, la honte continue d’habiter ceux qui recourent au soutien alimentaire, au point que beaucoup préfèrent y renoncer. Honte d’être assisté, de ne pas pouvoir nourrir sa famille, du qu’en-dira-t-on… En 2022, sept millions de personnes ont pu éprouver ce sentiment en France. Elles étaient 5,5 millions en 2018, un chiffre qui avait déjà doublé en dix ans. Imaginée comme un dispositif d’urgence, l’aide alimentaire s’est banalisée dans les pays occidentaux, sous l’effet du chômage, de l’austérité, du Covid-19, et maintenant de l’inflation. Chaque crise apporte son lot de postulants, sans décrue au niveau antérieur une fois la tempête passée.
Année après année, les commentateurs s’étonnent de découvrir un « nouveau public » de « bénéficiaires » — des étudiants précaires, des salariés en contrat à durée indéterminée (CDI), des mères célibataires, des retraités, venus s’ajouter aux habitués des lieux. En distinguant ainsi anciens et nouveaux pauvres, ils reprennent, selon l’historienne Axelle Brodiez-Dolino (3), une « antienne récurrente au fil des siècles qui n’aboutit qu’à stigmatiser les uns pour compatir provisoirement aux autres ; à opposer, avec des conséquences politiques délétères, des individus souvent proches sociologiquement, tantôt en deçà et tantôt au-delà du seuil de pauvreté ». Et ce faisant, à accroître la honte de tous ceux qui doivent franchir le pas.
À défaut d’être « socialement acceptable », l’aide alimentaire est devenue économiquement rentable. Elle permet aux acteurs de la grande distribution de se débarrasser de leurs produits périmés moyennant des ristournes fiscales ; aux producteurs de viande de recycler leurs bas morceaux, peau, gras, cartilage, dans des plats low cost destinés aux associations caritatives ; aux agriculteurs d’écouler leurs fruits et légumes impropres au commerce… Pleinement intégrée dans le complexe agro-industriel, l’aide alimentaire en constitue la part du pauvre, celle dont personne ne veut mais que beaucoup désormais parviennent à monnayer.
Benoît Bréville




