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États-Unis : que faire avec les plateformes numériques de travail ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Depuis les années 2000, l’ordinateur a révolutionné le travail en Amérique. Dans l’industrie, les services et les soins, les ordinateurs sont devenus omniprésents et ont profondément modifié les relations entre les entreprises, les travailleurs et les consommateurs.
Les ordinateurs suivent les clientEs, les commandes, les systèmes de production, les stocks et, de plus en plus, surveillent les travailleurEs individuels. Un domaine particulièrement préoccupant dans ce processus de numérisation en cours est ce que l’on appelle le travail pour les plateformes géantes, qui est récemment devenu un lieu de lutte des classes au niveau des phénomènes d’organisation des travailleurEs, de la législation et des affaires juridiques.
Hyper-exploitation
Le travail sur plateforme se réfère à des emplois où des travailleurEs individuels, utilisant leur téléphone ou leur ordinateur personnel, reçoivent des instructions de « patrons » virtuels et des demandes de clients par l’intermédiaire d’une plateforme qui, à l’aide d’algorithmes et d’intelligence artificielle, guide le processus de travail.
Les entreprises de ce type proposent des services de covoiturage, de livraison de repas et bien d’autres encore. La pandémie de Covid-19 a accéléré l’utilisation de ces plateformes, les consommateurs cherchant à éviter les transports publics et les épiceries bondées. On estime qu’environ 70 millions d’ÉtatsunienEs ont utilisé des sociétés de covoiturage comme Uber ou Lyft l’année dernière. Cette année, DoorDash, par exemple, livrera pour 32 milliards de dollars d’achats, soit environ la moitié de toutes les ventes de restaurants.
Environ 16 % des travailleurEs étatsuniens ont travaillé sur ces plateformes à temps plein ou à temps partiel, et les pourcentages sont plus élevés pour les Latino-Américains et les Noirs. Les patrons apprécient ce système parce qu’il leur offre un vaste réservoir de travailleurEs à bas salaires, et parce que les entreprises ont moins de responsabilités en matière de gestion. Les travailleurEs n’ont pas affaire à des patrons, mais reçoivent des tâches générées par des algorithmes qui utilisent de petites incitations salariales pour intensifier leur travail. Les employeurs se battent dans les assemblées législatives des États et devant les tribunaux pour que ces employéEs soient définis comme des entrepreneurs indépendants qui ont beaucoup moins de droits que les travailleurEs salariés.
Emplois « faciles », mais…
Les travailleurEs aiment souvent ces emplois, qu’ils soient à temps plein ou à temps partiel, car les obstacles à l’emploi sont minimes et ils ont la possibilité de fixer leurs propres horaires de travail. Prenons l’exemple des travailleurEs immigrés sans papiers qui, dans de nombreuses villes, effectuent une grande partie de ce type de travail. Ils arrivent aux États-Unis sans papiers. À l’aide de leur téléphone, ils s’inscrivent à un emploi de chauffeur-livreur et l’ordinateur de l’entreprise commence bientôt à leur envoyer des demandes de clients. En quelques semaines, ils deviennent compétents dans leur travail, connaissant les rues de la ville, les schémas de circulation et les désirs des clients. Ils reçoivent un petit salaire de leur patron et quelques pourboires de la part des clients. Mais ils ne gagnent pas toujours assez d’argent pour vivre décemment, ne bénéficient généralement pas de prestations de santé ou de retraite et sont souvent victimes d’accidents du travail. Souvent, ces travailleurEs ont également un autre emploi et utilisent le travail sur la plateforme pour compléter leur salaire ou pour économiser de l’argent.
Des luttes qui se développent
Les travailleurEs des plateformes liés aux centres de travailleurs immigrés et aux syndicats tentent de s’organiser pour traiter avec leurs employeurs — bien que peu d’entre eux soient aujourd’hui organisés. La lutte est devenue politique, généralement au niveau local. La ville de New York compte 60 000 livreurs de restaurants qui gagnent aujourd’hui environ sept dollars de l’heure. Le conseil municipal vient d’adopter une résolution qui pourrait porter leur salaire à près de 20 dollars de l’heure dans les prochaines années.
Il y a quelques jours, le National Labor Relations Board, qui régit l’organisation des syndicats dans le secteur privé aux États-Unis et qui est dominé par des personnes nommées par les Démocrates, a établi de nouvelles règles qui faciliteront l’organisation des travailleurEs des plateformes. L’affaire concernait les coiffeurs et maquilleurs de l’Opéra d’Atlanta, qui souhaitaient se syndiquer, mais dont la direction affirmait qu’ils ne pouvaient pas le faire parce qu’ils étaient des entrepreneurs indépendants. Mais le NLRB a jugé qu’il s’agissait de travailleurEs ayant le droit de se syndiquer et de négocier collectivement. Cette décision affectera des millions de travailleurEs des plateformes. Les syndicats devraient profiter de cette décision pour investir de l’argent et du personnel dans la syndicalisation de ces travailleurEs.




