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Bangladesh : la rue met fin au régime de Sheikh Hasina
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Bangladesh : la rue met fin au régime de Sheikh Hasina | Les Echos
Alors que des centaines de milliers de manifestants convergeaient vers sa résidence, la Première ministre, Sheikh Hasina, a dû quitter en urgence la capitale, Dacca, et a démissionné, mettant fin à quinze années de règne sur le pays. Le chef de l'armée a annoncé qu'il allait nommer un gouvernement intérimaire.

Après des semaines de manifestations réprimées dans le sang, Sheikh Hasina, la Première ministre du Bangladesh, a finalement démissionné ce lundi en milieu de journée. Dans la foulée, le chef de l'armée a déclaré qu'il allait former un gouvernement provisoire.
La démission de Hasina clôt une longue période de troubles au Bangladesh. Depuis plusieurs semaines, de gigantesques manifestations réclament le départ de la Première ministre, sur fond de chômage de masse et d'autoritarisme de la part de la « Dame de fer » du Bengale.
Acculée, Hasina n'a eu d'autre choix que de démissionner après l'accélération des événements. Dimanche, 94 personnes ont été tuées dans des affrontements avec les forces de l'ordre - le bilan quotidien le plus lourd depuis le début des heurts, le 1er juillet, entre les opposants à la Première ministre et les forces de l'ordre.
Le palais de Sheikh Hasina pris d'assaut
Les choses se sont encore accélérées dans la matinée de lundi, lorsque des centaines de milliers de manifestants - 400.000 selon certains médias locaux - ont bravé le couvre-feu et convergé vers la capitale, Dacca, transformée en véritable champ de bataille. De violents affrontements ont à nouveau eu lieu avec les forces de l'ordre, faisant au moins 56 morts. La foule s'est aussi attaquée avec des marteaux aux statues dédiées à Mujibur Rahman, la grande figure de l'indépendance et père de Sheikh Hasina.
Les forces de sécurité avaient barricadé certaines rues menant au Gono Bhaban, la résidence de Sheikh Hasina, et aux bâtiments du pouvoir, mais cela n'a pas suffi pour retenir une foule compacte et surexcitée, qui a abattu les barrages et pris d'assaut la résidence de la Première ministre en fin de matinée.
La Première ministre exfiltrée
Prise de court, elle a été exfiltrée de sa résidence et a quitté Dacca par hélicoptère en milieu de journée. Des images relayées par les télévisions du pays ont ensuite montré une foule agitée et armée de bâtons pénétrer dans le palais de la Première ministre - sous les yeux des gardes - en cassant les vitres et saccageant les bureaux. Certains ont emporté avec eux des pièces de mobilier et des plantes vertes, d'autres ont pris des photos, allongés sur les lits de la résidence. Au même moment, les manifestants ont pénétré dans l'enceinte du Parlement qu'ils ont mis à sac.
L'Inde, alliée du Bangladesh, a d'abord été évoquée comme refuge possible pour l'ex-Première ministre. Sheikh Hasina avait en effet déjà trouvé refuge à New Delhi après le coup d'Etat militaire et l'assassinat de son père en 1975. Lundi, en fin d'après-midi, l'avion de l'armée de l'air bangladaise qui transportait l'ex-Première ministre a atterri à Hindon, une base militaire située dans la région de Delhi. Mais plusieurs sources citées par l'AFP et Bloomberg ont indiqué que la destination finale de Sheikh Hasina était Londres.
L'armée prend les commandes
Tandis que Hasina s'éloignait de la capitale dans un hélicoptère militaire, Waker-uz-Zaman, le commandant en chef de l'armée, a déclaré qu'il allait former un « gouvernement intérimaire », précisant qu'il avait pris contact avec les principaux partis d'opposition et différentes personnalités de la société civile, mais pas avec l'Awami League, le parti de Sheikh Hasina. Il a aussi demandé aux manifestants de « rester calme » et de « rentrer chez eux ». « Le pays a beaucoup souffert, l'économie a été touchée, de nombreuses personnes ont été tuées, il est temps de mettre fin à la violence », a-t-il déclaré en treillis devant les télévisions du pays.
Le président, Mohammed Shahabuddin, a, lui, ordonné la libération de l'ex-Première ministre et cheffe de l'opposition, la présidente du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), Begum Khaleda Zia », et de « toutes les personnes arrêtées lors des manifestations d'étudiants », selon un communiqué publié par les services du chef de l'Etat.
La Première ministre était sous la pression de la rue depuis plus d'un mois. De violentes manifestations, organisées par des groupes d'étudiants demandant la révocation de la politique des quotas dans les emplois de la fonction publique, ont fait plus de 300 morts à travers le pays. Les associations étudiantes estimaient que ces quotas, destinés aux familles des « freedom fighters », étaient exploités au profit des fidèles de l'Awami League, le parti de Sheikh Hasina.
Le 21 juillet, la Cour suprême a ordonné l'abandon des quotas, mais les manifestations ont repris. Les manifestants réclamaient notamment des excuses de la part de Sheikh Hasina, accusée d'avoir réprimé les manifestations dans la violence. C'était, semble-t-il, la goutte de trop, après la mascarade des élections générales de janvier , et la répression brutale des ouvriers du textile l'année dernière.




