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Libération, Michel Barnier et la répression de l’homosexualité
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Suite à sa nomination, il a été rappelé que Michel Barnier avait voté, en 1981, contre la suppression d'un article du code pénal réprimant l'homosexualité. Libération a publié un ahurissant et mensonger article du journaliste Jean Quatremer tentant de disculper Barnier et attaquant très violemment Jean-Luc Mélenchon. Pour archivage, je publie ici un courrier envoyé à la direction de Libération.
« Je me permets de vous écrire pour vous faire part de ma stupeur, de ma colère et de mon dégoût à la lecture de l'article de Jean Quatremer sur Michel Barnier et la répression de l'homosexualité que vous avez publié avant-hier.
La haine de votre journaliste envers La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon le pousse à écrire n'importe quoi, et pousse en même temps Libération à publier n'importe quoi. C'est grave.
Il n'y a rien de faux dans les propos de Mélenchon : Michel Barnier a bien voté contre la disparition d'un article du code pénal réprimant l'homosexualité, en 1981
Quatremer pinaille sur l'utilisation du mot « décriminalisation » (l'homosexualité ne relevant pas des crimes). Le mot « dépénalisation », souvent utilisé, n'est pas plus juste : dépénaliser signifie « supprimer légalement une infraction » (Larousse), or il s'agissait ici d'un délit. Wiktionary, le dictionnaire de Wikipedia, précise que décriminaliser signifie plus largement « arrêter de considérer comme relevant du droit criminel ». Le fait que l'homosexualité « en soi » ne soit pas en elle-même un délit ne change rien à l'affaire : l'homosexualité était bien visée, explicitement, par le code pénal.
Sur le fond, Jean-Luc Mélenchon, comme toutes celles et tous ceux qui ont relayé ce vote de Barnier, ont donc absolument raison.
Ajoutons que ce n'est pas une seule fois que Michel Barnier a voté en faveur du maintien du délit hérité du régime de Vichy. En décembre 1981, comme beaucoup l'ont remarqué, il a voté contre la suppression de ce délit (on ne connaît pas ses autres votes dans la suite du processus législatif, entre décembre 1981 et juillet 1982, car les discussions n'ont pas donné lieu à des scrutins publics). Mais, déjà en 1980, alors que ce même délit hérité de Vichy avait été supprimé par un texte de loi en discussion à l'Assemblée, le même Michel Barnier avait voté pour sa réintroduction (et le délit sera bien conservé).
Pour un journaliste se faisant fort de traquer les inexactitudes chez les autres (et qui se pique de son expertise juridique), votre journaliste n'échappe pas aux erreurs : non, contrairement à ce qu'il écrit, l'outrage public à la pudeur ne visait pas « le fait de se tenir par la main ».
Autre erreur, plus grave : pour relativiser le vote de Michel Barnier et des autres députés, J. Quatremer écrit que, après 1974, « la chasse aux homosexuels passe de mode ». Rien n'est plus faux. Un exemple que votre journal connaît bien, pour y avoir consacré des articles (à l'époque, et aujourd'hui encore) : une descente de police en 1977 dans le bar homosexuel parisien Le Manhattan entraîne un procès contre onze personnes (et suscite une large mobilisation). Selon les statistiques (lacunaires) dont nous disposons, il y a encore plus de cent condamnations par an dans la seconde moitié des années 1970. Comme l'ont montré des historiens, il y a même un regain de la répression de l'homosexualité à la fin des années 1970 et au tout début des années 1980, en réaction aux projets de dépénalisation – et ce n'est pas un phénomène spécifiquement français (1).
Le journaliste de Libération, soucieux de défendre à tout prix Barnier, avance que celui-ci n'avait pas d'autre choix que de suivre les consignes de son groupe. Cet énoncé n'est pas un fait, mais une interprétation. Un député RPR s'est abstenu volontairement. On pourrait tout autant avancer qu'un « jeune » député comme Barnier aurait pu se montrer proche de revendications liées aux mouvements de jeunesse et aux transformations sociales des années 1960-1970 - là encore, ce serait de la spéculation.
C'est « pour des raisons politiques » que le RPR s'oppose à la « dépénalisation » de 1981-1982, tente de relativiser Quatremer. Comme si cela changeait le sens du vote en question. D'une part, le maintien d'une disposition homophobe n'est pas moins politique que le désir de s'opposer au gouvernement socialiste. D'autre part, la lecture des débats parlementaires et des positions du RPR montre bien les racines profondes de ce vote : une obsession de protéger la jeunesse d'un soi-disant péril homosexuel, une structure ancienne qui accompagne toute la répression de l'homosexualité, au XIXe et au XXe siècles.
« De l’eau a coulé sous les ponts en 42 ans », ajoute enfin votre journaliste. Il devrait lire l'article publié par le magazine Têtu, qui rappelle les positions de Barnier au sujet du Pacs...
Que J. Quatremer souhaite minimiser l'importance de ce vote, c'est une opinion, et c'est son droit. Mais qu'il en réécrive l'histoire, et que Libération publie un tel récit falsifié, me semble bien plus grave.
(1) Précision ajoutée pour cette publication en ligne. Cf. l'article de Dan Callwood, « Vers la libéralisation ? La répression de l’homosexualité masculine en France, de 1968 à l’apparition du VIH/SIDA » dans la revue Sociétés contemporaines.




