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Les ouvriers de PSA-Aulnay suspendent la grève, «la tête haute»
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Entretien express avec Jean-Pierre Mercier, le leader CGT de l’usine d’Aulnay.
Pourquoi avoir décidé de suspendre la grève ?
Nous suspendons la grève car nous avons estimé que nous avions arraché le maximum que nous pouvions arracher à la direction de Peugeot. Nous avons obtenu plusieurs concessions pour l’ensemble des salariés concernés par le plan social et pour les grévistes.
Pour les premiers, on a obtenu un rallongement de la prime de licenciement supra-légale de 6 à 12 mois, une prime de mutation de 5 000 euros non imposable, un départ anticipé pour les travailleurs âgés qui passe de 30 à 36 mois, des garanties écrites pour les mutations et une indemnité forfaitaire pour ceux qui souhaiteraient quitter l’entreprise avant le 31 mai.
Pour les grévistes, on s’est battus pour obtenir la réintégration de quatre salariés honteusement licenciés qui pourront bénéficier des mesures du PSE ou de la possibilité de reclassement, ce qui est très rare. Nous avons aussi arraché l'annulation des procédures de licenciements engagées par PSA à l’encontre de plusieurs délégués syndicaux ainsi que l'annulation de toutes les poursuites pénales et disciplinaires, fait exceptionnel en ces temps où le gouvernement refuse l’amnistie sociale. Quant aux journées de grève, elles sont neutralisées pour le paiement des journées de chômage, du calcul de la prime de 13e mois, des jours de congés payés, et des jours fériés, ce qui atténue fortement les pertes financières de la grève.
La suspension de la grève est-elle une défaite ?
Ce n’est pas une défaite mais une nouvelle étape de notre lutte. Une grève de quatre mois en France, c’est très rare. Elle a paralysé la production. Peugeot a perdu plus de 40 000 véhicules. Nous n’avons peut-être pas été soutenus par le monde politique, mais par le peuple, le monde du travail. Leur soutien a été exceptionnel. Grâce à des salariés, des anonymes, des précaires, plus de 900 000 euros ont été récoltés par notre caisse de solidarité à travers la France. Ces dons nous ont permis de tenir la lutte pendant ces longues semaines. Sans cela, nous aurions dû abdiquer car de nombreux grévistes n’auraient pu s’en sortir financièrement. En signant le protocole, on ne baisse pas les armes. Peugeot est un patron voyou. Nous allons veiller à ce qu’il respecte chacun de ses engagements.
Quelles leçons tirez-vous de ce mouvement qui a paralysé la production de l'usine pendant quatre mois ?
On termine debout, la tête haute. On est fiers d’avoir mené ces quatre mois de lutte contre une des familles les plus riches et les plus puissantes de France. On a fait la démonstration au monde du travail qu’on pouvait ne pas se faire écraser, qu’on pouvait sauver notre peau. On garde en revanche une grande rancœur vis-à-vis du gouvernement socialiste. Il n’a jamais voulu mettre son nez dans le bras de fer engagé avec Peugeot. Il a refusé de nommer un médiateur au plus fort du conflit. Il a mis ses cars de CRS devant chacune de nos actions. Quand nous avons été symboliquement investir le sanctuaire du Medef, il a envoyé ses gardes mobiles nous embarquer dans des fourgons cellulaires. La gauche au pouvoir a préféré le patronat aux ouvriers. Elle n’a pas eu un geste en notre faveur alors qu’elle a tout de suite répondu présent et apporté une garantie publique de 7 milliards d'euros à Peugeot pour sa banque PSA Finance, ce alors que les caisses sont vides et sans réclamer aucune garantie en matière d’emploi.




