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    Syrie : Cameron contraint de reculer

    Syrie

    Brève publiée le 29 août 2013

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Le Monde) David Cameron a cédé. Face au spectre de la guerre d'Irak, et pour éviter une tempête politique, le premier ministre britannique a décidé d'attendre le rapport des inspecteurs de l'ONU en Syrie sur les attaques du 21 août pour prendre une décision finale sur d'éventuelles frappes aériennes. Cela vient complètement bousculer le calendrier initial, qui prévoyait de passer à l'action dans les prochains jours, peut-être dès ce week-end. Et pose un sérieux casse-tête aux deux autres acteurs principaux de la mobilisation internationale contre le régime de Damas, la France et aux Etats-Unis : soit ceux-ci attendent poliment que la Chambre des communes britannique se mette d'accord sur le sujet, pas avant la semaine prochaine, soit ils agissent d'ici là, sans le Royaume-Uni.

    Le recul de M. Cameron est un échec politique. Il avait rappelé le Parlement dans l'urgence d'un débat jeudi 29 août, espérant faire voter immédiatement une motion autorisant l'usage de la force. Mais il s'est heurté à l'opposition des députés, conservateurs et travaillistes, qui craignent une réédition de l'erreur irakienne.

    FANTÔME DE L'IRAK

    Dans la soirée de mercredi 28 août, le premier ministre britannique a donc reculé : la motion de jeudi à la Chambre des communes ne sera qu'une première étape, autorisant le principe de l'usage de la force. Mais les députés seront rappelés la semaine prochaine, après le rapport des inspecteurs des Nations unies, pour un deuxième vote.

    Cette empoignade est une conséquence directe de la guerre en Irak en 2003. Ce conflit, qui avait profondément divisé les députés, avait créé un précédent : l'obligation de la consultation du Parlement avant une attaque militaire. Légalement, le gouvernement britannique peut toujours utiliser l'armée sans passer par la Chambre des communes, mais dans la pratique, cela est devenu politiquement très difficile.

    Le fantôme de l'Irak est aussi à l'origine de la très forte méfiance régnant envers les services de renseignements. En 2003, l'un des documents-clés qui avaient convaincu les parlementaires était un dossier compilant les informations des services britanniques sur la détention d'armes de destruction massive par le régime de Saddam Hussein, qui s'était avéré largement erroné.

    De nombreux députés réagissent donc cette fois-ci avec une extrême prudence. "Pour convaincre le Parlement et l'opinion, qui sont sceptiques, il faut que le gouvernement montre les preuves" de l'implication de Damas dans les attaques du 21 août, estime le député conservateur Richard Ottaway. Et si les informations sont confidentielles, il suggère que le comité parlementaire sur les affaires étrangères, qu'il préside, puisse les consulter à huis clos.

    L'OPINION PUBLIQUE BRITANNIQUE OPPOSÉE À TOUTE ACTION

    Au total, près du quart des députés conservateurs menaçaient de voter contre une résolution autorisant immédiatement la force. Mais ce sont les travaillistes qui ont vraiment fait pencher la balance. Ceux-ci ont encore plus de raisons politiques de se montrer sceptiques : c'est leur ancien chef de file, Tony Blair, qui a mené la guerre en Irak. Mercredi, après avoir laissé entendre un possible soutien, Ed Miliband, l'actuel chef du parti, a décidé de s'opposer à une action immédiate. "Nous pouvons envisager une action internationale mais seulement sur une base légale, spécifiquement limitée à dissuader l'utilisation future d'armes chimiques et à condition que toute action envisagée ait un objectif militaire clair et atteignable", expliquait-il.

    Quant à l'opinion publique britannique, elle est clairement opposée à toute action : 50 % des Britanniques sont contre les frappes aériennes, et 25 % en faveur. L'opposition à un armement des rebelles est encore plus forte. Et il est hors de question d'envisager d'envoyer des troupes sur place, une option qui n'est de toute façon pas envisagée par le gouvernement.

    "C'est la vraie leçon de l'Irak : début 2003, les engagements militaires britanniques à l'étranger avaient été des succès – en Sierra Leone, dans les Balkans, et, avant cela, aux Malouines. A tort ou à raison, Blair pouvait se dire confiant [quant à une action ] de l'armée britannique dans les terres lointaines. Une telle confiance n'est pas de mise aujourd'hui", estime Peter Kellner, président de l'institut de sondages YouGov. Il rappelle cependant que l'opinion peut changer : les Britanniques, qui étaient initialement contre la guerre en Irak, l'avaient finalement soutenue au moment du vote au Parlement en 2003.

    "AGIR SUR UNE BASE CONSENSUELLE"

    Dans ces conditions, M. Cameron a préféré ne pas tenter sa chance dès jeudi. Sa motion avait peut-être une chance de passer, mais le débat promettait d'être houleux et de laisser des traces.

    La nouvelle motion proposée "reflète la forte inquiétude (...) concernant ce qui s'est passé avec l'Irak, reconnaît William Hague, le ministre des affaires étrangères. Nous devons être prêts à agir contre l'utilisation des armes chimiques par le régime d'Assad (...) mais nous voulons agir sur une base consensuelle (...), afin d'assurer un large soutien du Parlement et de respecter le processus de l'ONU." Il avertit cependant que le rapport des inspecteurs, qui ne devrait pas être remis avant la fin de la semaine, risque de décevoir. "Leur travail n'est pas d'attribuer la responsabilité de l'attaque. Ils sont là pour voir si des armes chimiques ont été utilisées."

    Ces considérations de politique intérieure expliquent également que le Royaume-Uni a soumis mercredi une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais à New York, le blocage reste complet, toujours sur la même ligne de fracture. A l'international comme sur le front intérieur britannique, c'est l'impasse.