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    Les écologistes se paient le luxe d’un congrès incompréhensible

    écologie

    Brève publiée le 12 novembre 2013

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Mediapart) Sept motions, une majorité sortante affaiblie, et une bataille interne peu lisible sur le fond, hormis la volonté de se renforcer dans l’appareil et de peser sur les investitures aux prochaines européennes. Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur le congrès écolo, ni même osé vous le demander.

    Congrès mal gré, pour les écolos. Au creux de la vague, miné par le récent psychodrame de la démission forcée de Pascal Durand, coincé dans une participation gouvernementale qu’il continue d’assumer malgré les échecs de son influence (dernier en date, la suspension de l’écotaxe), Europe écologie-Les Verts (EELV) se prépare à un congrès sans grands enjeux de fond à trancher, fin novembre à Caen. Et dans l’historique du parti écologiste, c’est typiquement ce genre de contexte qui peut entraîner le pire : tractations de couloirs, règlements de comptes internes et postures clivantes parfois factices, et sûrement illisibles pour l’extérieur.

    « Le vin est tiré, et même si c’est une infâme piquette, il faut le boire », philosophe un dirigeant sortant. « Aucune question essentielle ne va être posée à ce congrès, regrette Mickaël Marie, directeur de cabinet du secrétaire national sorti, Pascal Durand. On va tous redire qu’on veut changer de cap, alors que l’exécutif a déjà répondu qu’il ne le ferait pas. On ferait mieux de se demander comment construire de la cause commune avec le reste de la société. Mais on ne pourra pas faire l'économie d'une analyse de notre situation… » « Il n’y a pas de divergences idéologiques, c’est un moment d’entre-soi et de transition, où l’essentiel des listes ont vocation à faire gagner un candidat aux instances dirigeantes ou aux investitures européennes », convient également l’eurodéputée Sandrine Bélier. « C’est un mauvais moment à vivre, avant de pouvoir enfin passer à autre chose, soupire un autre dirigeant, David Cormand. On a sept textes qui disent peu ou prou la même chose, avec des mots différents. Ça montre que la cohérence d’ensemble reste assez forte. Mais du coup ça va se déchirer pour des places. »

    Comment a-t-on pu en arriver là ? À un congrès sans grand enjeu autre qu’une lutte des places, et qui va donner une image guère reluisante d’un parti déjà en proie au doute interne ? Et qui ne parvient pas franchement à se sortir du piège de la participation gouvernementale, malgré son insistance à défendre « une culture de la proportionnelle », ainsi que l’idée selon laquelle « on peut ouvrir sa gueule et ne pas démissionner ». « La difficulté des écolos, c’est qu’ils ont trop attendu dans la critique et l’opposition pour ne pas avoir envie de faire au pouvoir, et se résoudre à laisser tomber, explique Pascal Durand. Désormais, nous sommes dans une logique de mise en œuvre de la transition écologique. Nous ne sommes plus prêts à retomber dans la radicalité. »

    Sans grande victoire obtenue au sein de l’équipe Ayrault, les écolos se sont enfermés dans une logique défensive (lire ici), afin de préserver des acquis, comme la construction au point mort de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la mise à l’écart du gaz de schiste comme perspective industrielle, ou la réduction de la production nucléaire au profit des énergies renouvelables (elle aussi au point mort cependant). La transition énergétique se fait attendre, et la fiscalité écologique revient en boomerang sur des écolos devenus responsables du « ras-le-bol fiscal » dénoncé par Pierre Moscovici. « Le basculement attendu ne vient pas, loin de là, constate Pascal Durand. Du coup, l’état du parti est représentatif des militants qui ont joué le jeu majoritaire de bonne foi, mais qui ne s’y retrouvent pas. Tout le monde est déboussolé, et contrairement au PG, nous n’avons pas de sens marxiste de l’histoire auquel nous raccrocher. »

    « Le problème pour les militants d’EELV, ce ne sont pas les ministres écologistes, dont l’action est bien vue, mais bien François Hollande », se désole un protagoniste de ce congrès issu de la direction, pour qui le calendrier tombe très mal : « Tout le monde a envie de se compter. » « La période n’est pas bonne, on est en pleine crise de croissance, explique Emmanuelle Cosse, favorite pour succéder à Pascal Durand à la tête du parti. La sortie du gouvernement reste un sujet tabou, car tout le monde est conscient que ce ne sera pas mieux si l'on sort. Et tous ceux qui sont engagés dans les municipales voient bien que la question de l’alternative est compliquée, tant les alliances sont à géométrie variable. »

    Le sujet récurrent de la participation gouvernementale sera dans tous les esprits, mais ne sera pourtant pas au centre des débats, faute d’avoir été posé clairement jusque-là. « C’est une rente que personne ne veut tuer, explique un cadre, chacun a besoin de pouvoir potentiellement menacer de lancer le débat de la sortie du gouvernement, mais tout le monde est aussi conscient de l’absence de plan B en cas de sortie. » Toutefois, certaines motions appellent dans la dernière ligne droite à « ne pas voter le budget », d’autres à faire des alliances avec le Front de gauche, dont certaines sont déjà en cours aux municipales (avec le PG de Mélenchon, face à des communistes alliés avec le PS, par exemple à Grenoble).

    Initialement accepté par Pascal Durand lorsqu’il remplaça Cécile Duflot devenue ministre en 2012, ce congrès extraordinaire aurait dû le légitimer. Mais après une révolution de palais encore assez difficilement compréhensible (lire ici et ) l’ayant évincé, Caen va finalement devenir le lieu des intrigues de pouvoir, afin de « jouer le congrès d’après », aux dires de nombreux cadres interrogés. Après dix jours de rencontres tous azimuts dans la galaxie écolo-politicienne, Mediapart a tenté d’y voir plus clair.

    Un congrès caricatural, en pleine crise gouvernementale

    Malgré la situation politique de plus en plus catastrophique pour le gouvernement dont ils font partie, les écologistes vont offrir à la fin novembre un congrès caricatural d’un parti ultra-démocratique, reconnaissant le droit de tendance à l’excès, alors qu’il ne compte que 10 000 adhérents. Et encore, la moitié seulement est concernée par la procédure interne et vote lors des consultations (bien loin des 30 000 votants à la primaire présidentielle entre Eva Joly et Nicolas Hulot).

    Et comme le monde écologique n’est pas préservé des vicissitudes de la vie partisane traditionnelle, et que son slogan “faire de la politique autrement” a été mis de côté des discours écolos depuis belle lurette, certains “gonflages d’effectifs” ont été contestés. Mais les accusations de « fausses cartes », évaluées à « entre 300 et 400 » par le siège, notamment à Marseille, en Seine-Saint-Denis ou à Montpellier, ont finalement été contenues. « Il n’y a pas de faux adhérents, nuance David Cormand. Ceux qui font des cartes, ils font de la politique, ils entraînent des gens dans notre combat. Les infiltrations sont logiques quand un parti a un capital politique en inadéquation avec son nombre d’adhérents. » « Ça peut parfois être excessif, explique un autre dirigeant ayant surveillé le dossier. Mais on ne peut pas repousser les quartiers Nord de Marseille depuis le centre de Paris. L’objectif serait plutôt de savoir comment on fait de ces cartes de soutien des militants intéressés. Plutôt que de se dire “Comment on les vire”, il faudrait mieux se dire “Comment on les forme”… » Un autre cadre, proche de Cécile Duflot, interroge : « Est-ce qu’il faut un quota de réunions pénibles ou d’affiches collées pour devenir un “vrai adhérent” ? Le vrai sujet, c’est le malthusianisme entretenu dans le parti : plus il reste bloqué à 10 000 cartes, plus ce type d’adhésions “de soutien” permet de contrôler l’appareil. Une centaine de cartes, ça fait 2 % d’un vote de parti, c’est énorme et ça va vite… »

    Dans ce cadre, un retour aux grandes heures sombres des congrès du parti écologiste, si bien moqué par les Guignols de l’info (comparant les motions “Écologie et parachutisme” aux motions “Écologie et roquefort”), est à prévoir. « On fait un congrès de Verts, parce qu’on a fait un score de Verts », justifie Christophe Rossignol, un soutien de Nicolas Hulot qui n’a pas digéré l’absence d’analyse du faible score d’Eva Joly à la présidentielle (2,1 %). « Sept motions, c’est le révélateur d’un malaise, renchérit Julien Bayou. Il n’y a plus de vision, le collectif d’EELV éclate et il ne reste que des individualités. »

    Le dernier congrès de La Rochelle, en mai 2011, semble bien loin. À l’époque, Cécile Duflot avait fédéré large autour d’elle, et la concurrence d’un Daniel Cohn-Bendit, pas du tout formaté pour les joutes internes, lui avait ouvert un boulevard. Seulement quatre motions s’étaient opposées, celle de la direction avait remporté 50 % des suffrages à elle seule, une première, avant de faire une synthèse générale et de réélire sa secrétaire nationale, et future ministre, à près de 90 % des voix.

    Deux ans après, la situation est bien moins confortable pour les “Duflotistes”, qui avaient peu à peu mis la main sur le parti et assis une forte légitimité sur le mouvement, depuis l’accession de « Cécile et Jean-Vincent (Placé) » en 2006. Au point que la direction sortante voit son édifice, pourtant bien en place, s’effriter. Pour ce congrès de Caen, elle forme une “grosse motion à vocation majoritaire” avec ses alliés traditionnels, les proches de Dominique Voynet, mais aussi ceux de Dany Cohn-Bendit partageant leur volonté d’exercice du pouvoir (les parlementaires européens Sandrine Bélier et Yannick Jadot, les députés François de Rugy et Christophe Cavard, ou le sénateur André Gattolin). Forte de la grande majorité des élus nationaux et régionaux, comme des cadres intermédiaires du parti, la motion “Cap écolo” pourrait toutefois ne recueillir qu’entre 35 et 40 % des voix militantes. « Dans le contexte, la situation gouvernementale rend très compliqué l’exercice du congrès, estime un proche de Cécile Duflot : le mauvais produit devient de plus en plus difficile à vendre aux militants. Ajouté aux dysfonctionnements, à la cacophonie de nos chefs et au limogeage de Pascal Durand, ça ne peut que nuire à notre grosse motion. »

    Une remise en cause, encore relative, de ce que tous appellent “la firme” (en gros, l'entourage politique de Cécile Duflot) et du talent manœuvrier de Jean-Vincent Placé à garder le contrôle sur l’appareil. Et un score, qui devrait obliger la direction à composer avec d’autres motions, afin d’obtenir la majorité du bureau exécutif et du conseil fédéral, le parlement du parti. Des alliances casse-tête auxquelles il va falloir trouver un sens politique, quand celui-ci n’est pas forcément évident.

    Deux autres motions tirent leur épingle du jeu dans les débats d’avant-congrès, de par leur nombre de signataires, et devraient obtenir entre 15 et 25 %. « Via écologica », présenté comme “aile réaliste”, regroupe des cadres verts, comme l’adjointe lilloise Marie-Pierre Bresson, le sénateur de Paris Jean Desessart ou le vice-président de la région Centre Christophe Rossignol, des proches de Cohn-Bendit, comme la sénatrice Leïla Aichi ou Marie Bové, responsable de la coopérative (initiative au point mort), ainsi que des personnalités pesant un certain nombre de cartes, comme l’eurodéputé marseillais Karim Zéribi ou le maire de Sevran, Stéphane Gatignon. « Eux, ce sont la firme, nous on veut redevenir une famille, explique Zéribi. La direction ne tire aucun enseignement des six derniers mois, pourtant le parti est profondément affaibli et inaudible, sans aucune emprise sur la société. Et l’on ne propose aucune autocritique, juste un jeu de chaises musicales… » Sur le fond, si l'on peut dire, « Via ecologica » plaide pour assumer une bonne fois pour toutes la participation gouvernementale. « On ne peut pas décider de sortir sur un coup de tête, dit Zéribi. Il faudrait que le parti soit fort pour se permettre de l’imaginer, ce n’est pas du tout le cas. »

    À l’aile gauche du parti, « La motion participative » (LMP) regroupe une partie de l’aile gauche historique des Verts, autour de l’ancienne socialiste Lucille Schmidt et du maire du IIe arrondissement de Paris, Jacques Boutault, ainsi que de l’eurodéputée Karima Delli. On retrouve aussi des figures historiques de la gauche des Verts, comme Jérôme Gleizes ou le député Sergio Coronado, mais aussi des personnalités plus environnementalistes, comme Yves Cochet ou Alain Lipietz. Dans la dernière ligne droite avant les votes, LMP a appelé à ne pas voter le prochain budget, une façon sans le dire de remettre en cause la participation gouvernementale. « On est un pôle responsable, mais qui ne renonce pas à la radicalité, résume Karima Delli. On ne veut pas devenir un satellite du PS, ce n’est pas pour devenir un petit frère du Front de gauche. On se retrouve sur des combats, comme Notre-Dame-des-Landes, mais leur VIe République n’est pas la nôtre, on diverge sur le fédéralisme européen et la décentralisation en France ».

    L’espace à la gauche du parti, lui, est contesté par une autre motion, « Là où vit l’écologie » (Love), emmenée par l’ancien chef de file de l’association de lutte anti-précarité Julien Bayou, la vice-présidente du conseil régional d’Ile-de-France Francine Bavay ou la députée du Calvados Isabelle Attard. Regroupant des proches d’Eva Joly et d'anciens leaders des jeunes Verts, cette motion doit permettre l’entrée au bureau exécutif de Bayou, et défendre les intérêts un temps menacés d’Eva Joly pour qu'elle soit réinvestie aux élections européennes, face à ceux de l’autre eurodéputée parisienne Karima Delli, finalement candidate dans l’euro-région Nord. Love est le seul texte à défendre clairement une alliance stratégique avec le Front de gauche et la gauche du PS. « On ne peut pas voter pour des textes contre lesquels on se serait opposé sous la droite, comme le CICE ou les retraites », explique Bayou, pour qui « dans ce congrès, on agite l’épouvantail de l’absence de plan B pour nous enfermer dans une posture minoritaire. Mais on ne peut pas se résoudre à la “PRGisation” et à la dislocation d’EELV. » Pour la députée Isabelle Attard, seule écolo à avoir voté contre la réforme des retraites, « dire que l’on reste d’ores et déjà au gouvernement jusqu’en 2017, c’est biaiser notre analyse et la résumer à comment justifier les textes à venir. On ne peut plus avoir de rapport de force dans ce cadre-là ». Selon les spécialistes de la vie interne écolo, Love motion devrait cependant osciller entre 5 et 15 %.

    Trois autres textes pourraient enfin servir de forces d’appoint, afin de dégager une majorité à l’issue du premier tour, à condition qu’ils dépassent le seuil des 5 % nécessaires pour pouvoir fusionner lors du congrès : « Déterminé-e-s », une scission des Duflotistes protestant contre le mode de fonctionnement interne du parti, « Avenir écolo », une motion dite « environnementaliste », et « Objectif Terre », la motion du réseau Utopia.

    L'enjeu caché des européennes

    À chaque vote de congrès ou consultation militante, la participation oscille entre 50 et 60 %. Vu la morosité ambiante, il y a peu à parier que la mobilisation soit accrue pour le rendez-vous normand. Et le congrès du deuxième parti de la gauche gouvernementale sera donc semblable dans son corps électoral à une élection étudiante, laissant place à tous les calculs : les infiltrations des uns chez les autres ou les répartitions de votes pour faire augmenter ou baisser le score, et donc l’influence, de chacune des motions en lice.

    Les conditions du scrutin ne favorisent pas non plus l’incertitude. Un lieu de vote par région, un samedi après-midi, avec l’autorisation d’une procuration par personne (une pratique interdite au PS). Un dispositif qui n’encourage pas à mobiliser. « La faible participation favorise les grosses machines », soupire Julie Bayou.

    Si les résultats sont ainsi à peu près connus, l’alliance finalement majoritaire est encore (un peu) incertaine, mais un dirigeant sortant résume l’algorithme gagnant des Duflotistes. « Le but de Jean-Vincent Placé est simple : être toujours majoritaire, mais pas forcément seul. Par exemple avoir 50 % d’une majorité à 60 %, ça lui va. En gros, il lui faut toujours conserver 30 % du parti. » Un autre glisse que le score n’est pas si difficile à atteindre : « Entre 15 et 20 % des voix ne manqueront jamais à “la firme”, c’est comme ça, ça a été pensé pour. »

    Pour autant, la belle machine à conserver l’emprise sur le parti peut parfois connaître quelques ratés. « Depuis six mois, le scénario logique était de faire alliance avec “Via ecologica”, une motion plus ou moins inventée, et LMP, explique un bon connaisseur du parti. Mais tout le monde s’est enhardi et est devenu très offensif contre la firme, ou s’est radicalisé dans l’anti-gouvernemental. » Deux configurations semblent donc encore possibles. Soit « Cap écolo » fait un score élevé, et peut faire une alliance plutôt cohérente “à gauche mais pas trop”, avec Avenir écolo, Love et/ou Déterminé-e-s. Soit son score est faible et une alliance “réalo” avec « Via ecologica » s’imposera. « Une alliance avec LMP poserait un problème de sens, qui mettrait en difficulté Duflot au lendemain du congrès, dit un proche de Cohn-Bendit.Elle devrait justifier pourquoi son courant fait alliance avec ceux qui sont les plus critiques sur la participation gouvernementale. »

    Ultime scénario, le moins probable, mais auquel personne ne ferme la porte : « Cap écolo » se fait mettre en minorité par une alliance de circonstances entre LMP et « Via ecologica ». « Ce sera très compliqué à assumer, car une large majorité des grands élus et des responsables sont chez nous, dit un pilier de la grosse motion. Mais on ne peut jamais rien exclure. » Cadre de « Via ecologica », Christophe Rossignol fait monter les enchères : « Pour une fois, le congrès ne va pas se faire entre apparatchiks parisiens. Il y a une forte envie que ça bouge. Il est temps d’avoir une nouvelle direction dans ce parti. » Pourtant proche de Jean-Vincent Placé, Rossignol laisse entendre que les deux semaines qui sépareront les résultats du vote de samedi prochain des trois jours de congrès à Caen, du 29 novembre au 1er décembre, seront très ouverts. « L’aile gauche, ce n’est pas notre registre, le radicalisme est une impasse, dit-il. Mais on ne veut pas d’alliance de strapontins. On a une divergence centrale avec LMP sur la participation au gouvernement, mais une convergence forte sur l’avenir du parti. » Les deux motions moyennes ont ainsi en commun de défendre des adhésions à 20 euros et la mise en œuvre de campagnes de recrutement, pour redonner du poids à EELV.

    Pour les “Duflotistes” de « Cap écolo », la première des améliorations serait plutôt une « meilleure coordination », afin d’être mieux entendu.« On crève plutôt d’une absence de firme que d’une omniprésence de firme, explique ainsi un proche de la ministre du logement. On a besoin d’un parti fort qui ne laisse pas Cécile monter en première ligne, et qui puisse cadrer les parlementaires pour que l’expression collective soit beaucoup plus efficace. » 

    Si les futures européennes ne sont pas encore au centre des discussions, les places sont devenues chères pour le Parlement de Strasbourg. Et la constitution des listes apparaît aussi comme l'enjeu caché du congrès de Caen. Avec 17 élus sortants, EELV ne peut raisonnablement espérer pouvoir reconduire que 6 à 9 eurodéputés, en cas de score fluctuant entre 8 et 12 %. D’où quelques rivalités pour obtenir la tête des listes dans les différentes grandes régions, et concourir à un système de sélection qui ferait pâlir d’envie le plus tordu des énarques-polytechniciens.

    « On n’avait pas d’autre choix, si l'on voulait tenir compte et du congrès, et de l’avis des militants, justifie David Cormand. L’autre solution aurait été, comme en 2009, que Cohn-Bendit décide tout seul des listes et reparte pour un dernier mandat en formant un casting complètement renouvelé. On lui a proposé, mais il n’a pas voulu. »

    Alors, les têtes pensantes d’EELV ont élaboré une méthode de sélection absolument ahurissante, permettant de composer un « vivier » de candidatures. D’abord, un vote militant, par eurorégion, désignant un ordre de préférence parmi une liste de candidats d’une part, et une liste de candidates d’autre part (choisis dans deux scrutins distincts). Un vote qui se tient depuis le 1er novembre jusqu'au 15, samedi prochain, et qui est déjà l'objet de multiples manœuvres. Le nombre de candidatures féminines ou masculines n’étant pas limitées et n’ayant pas à être identiques, chacun peut susciter un maximum de candidatures de l’autre sexe, pour faire baisser le score de son ou de sa rivale. À ce vote local s'ajoute aussi un vote militant national, sur scrutin de listes (correspondant à quatre des motions en lice pour le congrès), qui vient panacher les résultats eurorégionaux.

    Si vous n'avez rien compris, ce n'est pas très grave, car une “commission de préparation des élections”, composée en fonction des résultats du congrès de Caen, aura quinze jours supplémentaires pour discuter et arrondir les angles divergents, avant de proposer le 15 décembre divers scénarios au conseil fédéral. Ce dernier votera in fine pour l’un des scénarios retenus.

    À l’heure actuelle, les candidatures de Yannick Jadot dans le Grand Ouest, Pascal Durand à Paris et Sandrine Bélier dans le Grand Est, sont assurées. Après avoir été imaginée dans le Grand Est, dans le Grand Ouest et dans le centre, Eva Joly devrait se retrouver en deuxième position en Ile-de-France.

    Mais plusieurs duels opposent des élus sortants. Comme pour José Bové, qui risque de perdre les premiers votes militants, face à Catherine Grèze, une proche de Jean-Vincent Placé. Pour autant, celui qui est candidat à la primaire européenne pour postuler ensuite à la présidence de la Commission européenne (lire ici), semble intouchable et devrait être repêché par la suite. La situation paraît plus compliquée pour Karima Delli, contestée dans le Nord par une responsable du courant duflotiste, Majdouline Sbaï. Michelle Rivasi est aussi, dans le Sud-Est, menacée par Karim Zéribi. Le candidat EELV et ex-PS à la mairie de Marseille est également devenu eurodéputé il y a un an, remplaçant Vincent Peillon lors de son entrée au gouvernement, alors qu'il était 3e sur sa liste. Personne parmi les cadors n’a en revanche investi l’eurorégion centre (où Jean-Paul Besset, élu par surprise en 2009, ne se représente pas) : celle-ci ne pourvoyant seulement que trois sièges, il n’y a aucune chance d’y être élu.

    À la fraîcheur de la société civile entrant de plain-pied en 2009 dans la vie politique européenne, se substituera donc un attelage de sortants usés par les joutes internes en 2014. « On aura quand même des arguments à faire valoir, veut croire Cormand : nos députés ont fait le taf, et ont chacun de vrais bilans, sur les paradis fiscaux, les pesticides, la protection numérique. Par rapport à Harlem Désir qui fera campagne avec Martin Schultz, lui-même maqué avec Merkel, et par rapport à Mélenchon qui défend l’idée de ne pas travailler à Bruxelles, on n’est pas si mal barré à gauche… »

    C'est sans doute une question de point de vue.