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En Argentine, l’éternel retour de la récession

économie international

Brève publiée le 25 avril 2014

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde) L'Argentine est l'enfant malade de l'Amérique du Sud. Les coups d'Etat, la corruption et le libéralisme ont provoqué l'effondrement de la 5e puissance mondiale au sortir de la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, les fonds vautours rôdent autour de sa dépouille, alors que l'agence Moody's a abaissé, mi-mars, de « B3 » à « Caa1 » la note de la dette argentine, en raison de l'assèchement de sesréserves de change, et que Buenos Aires a dévalué le peso de 18 % en janvier et annonce pour le premier trimestre 10% d'inflation.

Alors que l'Europe et les Etats-Unis connaissent une formidable croissance durant les « trente glorieuses », l'Argentine subit une succession de coups d'Etat qui freinent son développement. Celui de 1976 assène le coup de grâce à son économie. La dette est multipliée par quatre pendant la dictature militaire (1976 à 1983), laissant au pays un fardeau qui pèse encore aujourd'hui.

L'arrivée de Raul Alfonsin (1927-2009) au pouvoir en 1983 est suivie d'une très forte inflation. Pour tenter de la limiter, une nouvelle monnaie est créée le 15 juin 1985, l'austral (1 austral pour 1 000 pesos). Faute de politique efficace, ce changement de monnaie est un échec. L'inflation repart. Les prix sont multipliés par 50 en 1989 et par 14 en 1990 ! Le taux d'intérêt dépasse les 20 % par mois.

Pour lutter contre l'inflation, le président Carlos Menem, élu en 1989, applique les recettes ultralibérales. Le périmètre d'intervention de l'Etat se limite alors aux seules fonctions régaliennes : sécurité, justice et affaires étrangères. Inégalités sociales et corruption se développent. Le rejet du pouvoir par la population va en s'accentuant.

Mais le libéralisme se double d'un corset monétaire : le currency board. Contre l'inflation, dont les ravages marquent durablement les esprits, l'Argentine se dote d'un système monétaire particulièrement rigide. Créé en 1991, son but est derestaurer la confiance dans le peso, qui remplace l'austral.

CURRENCY BOARD

Le principe du currency boarrepose sur deux postulats. D'une part, la monnaie est ancrée sur le dollar, à raison de 1 peso pour 1 dollar. Cet ancrage a pour objectif de réduire le risque de change, ce qui favorise le commerce international, du moins en théorie. D'autre part, la création monétaire est contrainte par les réserves de devises. Un accroissement des exportations peut ainsi être suivi d'une augmentation de la masse monétaire.

En revanche, une contraction des réserves provoquera automatiquement une baisse de la masse monétaire. Pour les adeptes du monétarisme, cela devraitêtre suivi par une baisse des prix qui entraîne une amélioration de la compétitivité des entreprises et finalement une hausse des exportations. La réalité sera tout autre.

Avec la bénédiction de la Banque mondiale, l'Argentine privatise la Sécurité sociale en juillet 1994. Les Argentins ont dès lors le choix entre cotiser dans l'ancien système par répartition ou dans le nouveau système par capitalisation.

Cette mesure prive l'Etat de recettes importantes, alors même qu'il lui faut payerles pensions de tous les retraités. Ce déséquilibre se révélera lourd de conséquences : pour compenser les baisses de recettes, l'Etat s'endette à des taux importants… auprès de ces fonds de pension nouvellement créés.

Dans une étude (« The Role of Social Security Privatization in Argentina's Economic Crisis », « Le rôle de la privatisation de la Sécurité sociale dans la crise économique de l'Argentine », du think tank Center for Economic and Policy Research, en 2002), les Américains Dean Baker et Mark Weisbrot montrent que sans cette réforme le budget aurait été excédentaire dans la deuxième partie des années 1990 !

PSEUDO-MONNAIES LOCALES

Le currency board affiche des résultats spectaculaires les premières années. L'inflation chute, la croissance repart. Mais cela ne dure pas. Aux doux noms de « Tequila » au Mexique, en 1995, et « Samba » au Brésil, en 1999, les crises sud-américaines entraînent dans leur chute un système bien fragile.

L'ancrage sur le dollar suppose que l'Argentine exporte pour soutenir son économie. Or, à la fin des années 1990, le billet vert s'apprécie par rapport aux autres monnaies. Les produits argentins deviennent moins compétitifs. Le Brésil, premier marché pour les entreprises argentines, dévalue le real.

Ces événements entraînent l'Argentine dans une sévère récession en 1999, avec une baisse du produit intérieur brut de 3,4 %. En août 2001, le pays montre des signes alarmants. Les grandes villes et les provinces se révèlent incapables derégler leurs échéances.

Or le système monétaire bloque toute solution. Dans une économie « normale », la banque centrale aurait fait marcher la planche à billets en prêtant aux collectivités locales. Les villes décident alors de régler les salaires en battant leur propre monnaie. Elles prennent le nom de « patacon », « federal » ou encore « porteno », on en dénombre plus d'une vingtaine. A bout de trésorerie, l'Etat crée lui-même sa propre monnaie, le « lecop ».

Ces monnaies servent à régler les impôts et sont acceptées chez certains commerçants. Chose curieuse, trois types de devises peuvent circuler en même temps : peso, dollar et monnaies locales. Devant cette fuite en avant, le Fonds monétaire international (FMI) poursuit son travail de sape. Il exige la suppression des subventions aux entreprises, entraînant immédiatement une chute de la production et des exportations !

 SIX ARGENTINS SUR DIX SOUS LE SEUIL DE PAUVRETÉ

Le système montre ses limites. En cas de déficit de la balance commerciale, l'Etat doit emprunter des devises pour reconstituer ses réserves. La dette publique provient donc de deux déficits, commercial et budgétaire. La dette ne peut qu'exploser. Fin décembre 2001, l'Argentine décide de faire défaut sur sa dette extérieure, le currency board est dès lors abandonné. Les comptes en dollars sont transformés en pesos suivant la parité de 1,4 peso pour 1 dollar.

La classe moyenne, qui a déjà supporté une baisse des salaires, s'en trouve ruinée, les entreprises étrangères essuient des pertes considérables. La crise se transforme en défiance envers la monnaie. Les dépôts des particuliers se vident dangereusement.

En avril 2002, une ruée vers les guichets pousse les banques à fermer leurs portes pendant une semaine. A la première occasion, les pesos sont échangés contre des dollars. En juin 2002, le dollar dépasse les 3,5 pesos, contre 1 peso cinq mois avant. Conséquence : en octobre 2002, six Argentins sur dix vivent sous le seuil de pauvreté.

Bien que Christine Lagarde s'en défende, la politique imposée par le FMI ressemble trait pour trait à celle qui a mis sur la paille nombre de pays, dont l'Argentine. L'orthodoxie budgétaire, en temps de crise, provoque inéluctablement une contraction de la demande, et donc une baisse des recettes pour l'Etat. Cette relation évidente n'a pas l'air de convaincre les dirigeants des grandes institutions.

Aujourd'hui, les fonds vautours entrent dans le bal. Après avoir racheté à vil prix les emprunts argentins, ils en exigent le remboursement au prix fort ! Décidément, l'école de Chicago n'a pas fini de faire des ravages.