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Sita-Suez - Poitiers - Dix jours de grève de la collecte
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Lutte ouvrière)
Durant dix jours, les chauffeurs et rippeurs de la Sita-Suez, qui collectent les déchets ménagers sur l'agglomération de Poitiers, étaient en grève. Entre autres, ils demandaient que leur soient accordés les jours de compensation dus lorsque leurs congés d'été sont morcelés.
La colère a éclaté jeudi 25 avril, lorsque la direction de cette entreprise a voulu leur imposer, comme de coutume, de fractionner leurs congés sans leur payer les repos compensateurs (deux jours de congés en plus) normalement prévus par le code du travail. Les quatre-vingts travailleurs se sont mis en grève à 100 %, à l'initiative de la CGT, exigeant l'obtention des jours de fractionnement avec effet rétroactif sur les cinq dernières années et, par la même occasion, le paiement complet du nettoyage de leurs vêtements de travail, dont une partie est à leur charge.
Prendre de réels congés relève de la gageure dans l'entreprise : l'été, il n'est possible de prendre que quinze jours consécutifs, alors qu'il faut déjà une semaine pour se déshabituer des horaires décalés et reprendre une vie familiale normale. Lors des dernières fêtes de fin d'année, ces ouvriers avaient dû revenir un jour ou deux sur leurs congés pour pallier le manque d'effectifs.
Avec morgue, les patrons ont refusé toute négociation sérieuse et, assez rapidement, tenté de casser le mouvement, ayant recours à des intérimaires et faisant venir sur Poitiers des équipes de collecte d'autres sites, comme Limoges ou Bordeaux. Pensant que les grévistes allaient bloquer l'accès du site, la direction a même fait appel à la police en agitant la menace de poursuites judiciaires en cas d'entrave. Un comble, pour des patrons qui n'hésitent pas à s'essuyer les pieds sur ce qui, dans le code du travail, protège encore un tant soit peu les travailleurs !
Craignant le risque de contagion qu'un succès de ce mouvement pourrait provoquer dans d'autres sites de la Sita, la direction préférait plutôt payer des pénalités à la ville de Poitiers en cas de prolongement de non-ramassage, plutôt que de satisfaire les revendications. Pourtant, Suez-Environnement, qui contrôle la Sita, est loin d'être sur la paille : la rapacité des actionnaires se mesure à l'aune des 602 millions d'euros de bénéfices pour 2013 (+28,2 % par rapport à 2012 !) et des 452 000 euros de prime d'objectif que les cadres dirigeants de la Sita Centre-Ouest se sont partagés, en augmentation de plus de 100 000 euros par rapport à 2012 !
Les grévistes ont fait parler d'eux sur la ville, investissant même le conseil municipal pour demander à la mairie, tenue par le PS avec le soutien du PCF, d'exercer une pression sur la direction - en tant que donneuse d'ordres - pour engager de réelles discussions. Le maire PS a félicité les ouvriers pour la qualité de leur travail au quotidien, mais il ne s'est engagé sur rien. Face à une grève qui se prolongeait, il a même mandaté la Sita pour faire sous-traiter la collecte par d'autres entreprises, endossant ainsi le rôle de briseur de grève. Dans un communiqué, les élus PCF, quant à eux, loin de fustiger une direction de combat, appelaient à « un climat social apaisé » et à « la reprise d'un vrai dialogue » dont, de toute évidence, les patrons ne voulaient pas.
Devant la détermination des grévistes et l'amoncellement rapide des sacs poubelles dans les rues de l'agglomération, une table ronde avec l'inspection du travail s'est tenue le 2 mai. Les travailleurs ont obtenu finalement le paiement d'une partie des jours de fractionnement, soit 450 euros par personne, ainsi que de la moitié des jours de grève. La question du paiement de l'entretien des vêtements de travail est renvoyée à un jugement des Prud'hommes de Tours, le 14 mai.
Les grévistes, rassemblés à un rond-point d'accès à l'entreprise, ont pu mesurer la solidarité de la population avec leur mouvement, marquée notamment par des soutiens financiers spontanés. Après dix jours de grève, les ouvriers éprouvent une légitime fierté pour avoir fait reculer une direction pour qui le mépris est un mode de gestion.
Correspondant LO




