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Le gouvernement australien fait grimper les frais d’inscription
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Dès 2016, le coût des études va augmenter pour les Australiens et se rapprocher de celui que paient les étrangers
L'Australie est devenue une destination majeure pour les études supérieures. En 2012, elle accueillait 7 % des étudiants internationaux, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et, parmi eux, au moins 4 000 Français. D'après une étude de HSBC, il s'agit pourtant de la destination la plus chère pour étudier, devant les Etats-Unis. La moyenne des frais d'inscription pour les étrangers est en effet de 26 000 dollars australiens (17 000 euros) par an pour les humanités, le double pour des études d'ingénieur et jusqu'au triple en médecine.
Pour les Australiens, le coût des études est aujourd'hui environ cinq fois moins cher. Mais, à partir de 2016, leurs frais d'inscription devraient commencer à se rapprocher de ceux des étrangers. Alors que l'objectif de " libérer les universités " avait été fixé, le premier ministre, Tony Abbott, a lancé, lors de la présentation du budget, le 13 mai, une réforme majeure visant à accroître la concurrence des universités et à faire des économies. L'inspiration affichée vient d'outre-Pacifique : " Nous avons beaucoup à apprendre des Etats-Unis ", assure le ministre de l'éducation, Christopher Pyne.
En pratique, cette réforme va se traduire par une baisse de 20 % des subventions que le gouvernement fédéral verse pour chaque étudiant aux universités publiques (qui constituent l'essentiel de l'enseignement supérieur en Australie), soit une économie de 800 millions d'euros. En compensation, elles seront libres de fixer leurs frais d'inscription à partir de 2016. Aujourd'hui, ces prix sont fixés par le gouvernement et varient selon les domaines, afin de refléter les différences de salaire à la sortie. Pour un Australien, étudier en lettres ou en sciences humaines coûte plus de 4 000 euros par an, quand une année de médecine ou de droit dépasse les 6 700 euros.
Pour compenser ces frais déjà élevés, l'Etat délivre des prêts à taux zéro, sur critères sociaux, que les étudiants ne commencent à rembourser qu'à partir du moment où leur salaire annuel atteint 50 000 euros. Si dans le nouveau budget le gouvernement ne remet pas en question ces prêts, il a décidé d'aligner leur taux sur celui auquel il emprunte sur les marchés et d'abaisser le salaire qui déclenche le remboursement à 30 000 euros. Cette mesure devrait permettre une économie de 2 milliards.
La libéralisation des frais d'inscription se traduira nécessairement par leur augmentation. Il s'agira d'abord de combler la baisse des subventions publiques, mais il est probable que beaucoup d'universités iront plus loin. Celle de Canberra estime ainsi que ses prix devraient augmenter d'au moins 20 % dès 2016 et l'Australian National University avance déjà le chiffre de 30 %. Conjuguée à la hausse des taux d'intérêt, cette dérégulation fait craindre une explosion de la dette des étudiants.
Selon les calculs de Geoff Sharrock, directeur de programmes à l'université de Melbourne et spécialiste des politiques universitaires, un étudiant en médecine qui reçoit un prêt du gouvernement arrive aujourd'hui sur le marché du travail avec une dette de 33 000 euros, moitié moins pour un étudiant en sciences et 30 % de moins pour étudiant en humanités. Si la hausse des frais d'inscription est de 30 %, une fois le diplôme obtenu, la dette de ces étudiants aura augmenté d'un tiers.
En faisant jouer la concurrence entre les universités, cette réforme risque également d'accroître les inégalités entre elles, au profit du " groupe des huit ", composé des plus grandes universités du pays. " Etant donné leur position de leader sur le marché, elles pourront augmenter leurs prix considérablement et financer ainsi leurs ambitions dans l'enseignement et la recherche ", analyse Geoff Sharrock.
" Les établissements les moins prestigieux seront écrasés, ajoute Gavin Moodle, professeur à la RMIT University, à Melbourne. D'un côté par les universités plus renommées, de l'autre, par des institutions privées. "
Colin Folliot
© Le Monde




