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24 novembre: Une manifestation réussie qui montre l’actualité d’un féminisme révolutionnaire

Samedi 24 mars je sors du métro Opéra, un peu en retard pour la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles. Il y a tellement de monde que je peine à arriver en haut des marches, puis à me frayer un chemin pour espérer retrouver mes camarades. Nous semblons toutes et tous surpris-e-s et joyeux/seuses de ce chaos dont chacun-e peine à s'extirper pour se mettre en ordre de manifestation.
Chaque année nous manifestons contre ces violences, chaque année à cette même date les féministes rappellent ces chiffres glaçants : environ 117.000 viols ou tentatives de viol en France par an, une femme qui meurt tous les 2,5 jours tuée par son conjoint (ou ex-conjoint), harcèlement au travail, harcèlement de rue ou harcèlement dans la sphère domestique. L'année dernière à la même date, alors que venait d'éclater l'affaire Weinstein, on dénombrait un millier de manifestant-e-s. Cette année les chiffres oscillent entre 20.000 et 80.000 personnes. Les craintes que la manifestation des gilets jaunes affaiblissent le cortège féministe n'étaient donc pas fondées. Par ailleurs dans certaines villes comme Marseille et Montpellier les gilets jaunes ont accueilli la manifestation féministe, montrant ainsi leur solidarité avec cette lutte.
Au-delà des chiffres impressionnants, l'atmosphère était tout aussi revendicative que joyeuse. Nous étions heureuses d'être nombreuses pour affirmer haut et fort ce qui devrait depuis longtemps être une évidence. « Qui ne dit mot ne consent pas », « ras-le-viol » etc. Nombreuses pour défendre nos droits, notre place à égalité, nous nous sentions fortes.
La réussite de cette manifestation s'explique encore par les retombées en cascades de l'affaire Weinstein, les prises de conscience et de parole qui ont marqué l'année qui s'est écoulée. Ce qui inscrit aussi la réussite de cette manifestation dans un contexte international. A Paris il faut aussi prendre en compte le travail qui a été réalisé par «Nous toutes », organisme porté notamment par Caroline de Haas. Les limites politiques de ce collectif ont été exprimées par la mise en place rapidement d'un autre collectif, « Nous aussi », porteur d'un féminisme à la fois plus radical et plus inclusif. Mais si cela nous rappelle que derrière le mouvement féministe il y a toujours plusieurs courants, un réformisme compatible avec le capitalisme comme un féminisme révolutionnaire, des groupes plus ou moins sensible à l'inclusivité, à la manière de penser l'articulation des oppressions etc., cela n'a pas empêché cette manifestation commune comme certains 8 mars qui ont vu deux manifestations séparées. Par conséquent, si le cadre proposé par « nous toutes » est très insuffisant et si les critiques formulées par « nous aussi » sont fondées, il a néanmoins joué un rôle dans la réussite de cette manifestation. Nous sommes donc dans une situation très intéressante où l'on peut voir à la fois un développement du mouvement et de la conscience féministe et des structurations plus radicales qui permettent de porter au débat et d'inclure les questions qui divisent le mouvement féministe et qui posent la question stratégique du renversement du patriarcat.








