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    « Notre lutte est politique »

    Par Raul Godoy (15 septembre 2009)
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    L’exemple que nous donnons, qui pourrait être excellent pour les gens et pour les travailleurs, est très mauvais pour le pouvoir politique. À Zanon, le roi est nu. Nous avons démontré que les travailleurs ont une alternative, qu’on ne doit pas toujours supporter le chômage technique, les licenciements, le chômage de masse, mais qu’on a la possibilité de faire marcher l’usine avec un autre objectif que le profit, de la faire marcher comme un bien social.

    Le contrôle ouvrier, c’est un apprentissage, c’est une école. On n’a pas inventé le contrôle ouvrier mais d’une certaine manière on a appris des expériences passées, pas seulement ici en Argentine mais au niveau international. Par exemple, pas loin d’ici, au Chili, il y a eu un processus dans les années 1970 qu’on a appelé les cordons industriel : il y avait plein d’usines sous contrôle ouvrier qui se coordonnaient entre elles. Et quand il y avait un lockout patronal, quand les patrons voulaient fermer les usines, les travailleurs se coordonnaient avec les habitants des quartiers et organisaient la distribution eux-mêmes. Il y a eu des expériences énormes de gestion ouvrière. On connaît le cas de la Pologne, de la Tchécoslovaquie ou même de l’URSS au début.

    La gestion ouvrière, c’est les travailleurs qui prennent les rênes de la production, qui la planifient et qui votent les plans de travail. C’est ce qui s’est perdu d’ailleurs en URSS à un moment donné. Les bureaucrates se sont mis à décider.

    Comment organise-t-on la production ? Les camarades de la partie ventes font une étude du matériel dont on a besoin, ensuite ils viennent à l’assemblée et on décide collectivement du plan de travail, des heures dont a besoin pour produire, des heures dont on a besoin pour la formation professionnelle, pour les assemblées, etc. Quand on a occupé l’usine on est rentrés dedans et on a dit « maintenant qu’on est dedans qu’est qu’on fait ? ». Chaque secteur s’est organisé et a élu un délégué. Cela a pris un temps. Le problème le plus important, c’est de briser la chaîne que nous avons dans la tête. Quand on découvre que c’est possible de faire des choses, que ça ne dépend que de soi, c’est merveilleux, tout change. Il y a beaucoup de créativité. Après il faut avoir énormément de patience, parce que les chaînes en question ne se brisent pas chez tout le monde au même moment. Certains continueront à penser qu’il faut qu’un patron ou un chef vienne. C’est une lutte permanente pour que ce soit l’assemblée qui ait le contrôle.

    Ici on a découvert les secrets de la production, des secrets commerciaux. Ça a été une découverte énorme, notamment par rapport à ce qu’ont appris les travailleurs: « c’est possible, on peut le faire! ». En huit ans de lutte on a démontré qu’on pouvait le faire, que c’était possible, sans chefs, sans patrons, sans contremaîtres, sans bureaucrates.

    On a toujours dit qu’on ne voulait pas être propriétaires, ni nouveaux entrepreneurs, ni nouveaux patrons de l’usine, mais des ouvriers qui mettent leur production à la disposition de la communauté.

    Tout en exigeant l’expropriation et la nationalisation de l’usine, on dit aussi qu’il faut que ce soit lié à un programme de construction de logements populaires. Ça nous a permis de gagner l’appui de nombreux travailleurs du BTP au chômage par exemple, mais aussi le soutien de milliers de familles sans toit ou qui vivent dans les bidonvilles. Un autre élément dont on est convaincus c’est que nous autres les ouvriers on ne peut pas se sauver tout seuls de notre côté mais que notre destin en tant que gestion ouvrière est fondamentalement lié à celui du reste des travailleurs. Une crise capitaliste comme celle qui est en cours n’est pas de notre responsabilité. Cette crise nous conduirait, en tant que coopérative, à la concurrence avec d’autres travailleurs pour voir qui survit ou non. Nous entrerions ainsi dans le système qui nous conduit à la destruction et à l’échec.

    Notre lutte est politique. Même si dans l’usine et dans l’assemblée on a des points de vue différents, on affronte un seul et même ennemi politique, constamment. Il faut en être conscient. Pourquoi y a-t-il des usines qui ferment et d’autres qui ouvrent ? Pourquoi y a-t-il des aides pour les patrons et pas pour les travailleurs ? Nous voulons changer cette société qui est basée sur l’exploitation. Quand la société s’organise pour que quelqu’un obtienne des profits et pas pour satisfaire les besoins réels des gens, il s’agit d’un système injuste. Les uns possèdent la production et les autres ne possèdent que la force de travail (ceux qui subissent les conséquences). Tout le monde parle de la crise, mais certains ont des canots de sauvetage, nous on n’a rien.

    Quand le dollar monte ou quand les ventes chutent partout, nous ne pouvons pas éluder la question du pouvoir. Soit on résiste, soit on ira toujours droit dans le mur.

    Il faut voir comment on va sortir de cette situation, car dans cette crise tout est en jeu. Nous sommes à nouveau face à une épreuve. Ce dont on est sûrs en revanche c’est que ça ne dépend pas uniquement des ouvriers de Zanon, mais que ça va dépendre de ce que vont faire des milliers d’ouvriers en Argentine et dans le monde. Nous sommes dans l’expectative ; nous avons besoin de renforts. Pour nous c’est encourageant d’apprendre que des ouvriers en France prennent en otages leurs patrons jusqu’à ce qu’ils fassent ce qu’il leur faut. Seulement il faut radicaliser l’objectif : celui qui doit partir c’est le chef. Nous sommes à l’épreuve. Nous mettons humblement à disposition tout ce que l’on a appris. Tout travailleur peut le prendre. Notre message est : c’est possible.

    Cette crise est tellement profonde qu’on aura besoin de forces énormes pour l’affronter. On ne sait pas encore si on sera capables de le faire, mais on est sûrs qu’on va combattre jusqu’à notre dernière goutte de sang… Et nous avons besoin de beaucoup d’alliés, de beaucoup de camarades ici et dans le monde entier qui sachent que nous pouvons construire un futur différent.

    On a voulu nous faire croire qu’on pouvait seulement revendiquer de toutes petites choses et qu’un autre monde était impossible… Nous considérons que c’est possible. Et de cela dépend notre vie car dans cette crise soit on la paiera nous les travailleurs, avec des millions de chômeurs, des millions de gens qui auront faim, soit alors une bonne fois pour toutes on la leur fera payer. Les travailleurs peuvent avancer. On sait ce qu’on a à faire, et cette bagarre on va la mener. On ne sait pas encore si on la gagnera, car aucun combat n’est gagné d’avance… mais on sait aussi qu’on n’a rien à perdre.

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