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Asphyxiés par leurs créanciers, trois agriculteurs se suicident chaque semaine
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le Salon de l’agriculture vient de s’achever. Ses organisateurs ont souhaité le placer sous le signe de la « passion » et des « ambitions ». Des thématiques « inspirées de l’actualité » qui permettent d’aborder « toutes les composantes du secteur : formation, savoir-faire, métiers, innovations... », a déclaré Jean-Luc Poulain, président du Salon. Exit le marasme financier dans lequel nombre de paysans continuent de se débattre, notamment dans l’élevage laitier, particulièrement dans l’ouest de la France. « L’image que ce salon renvoie n’a pas grand chose à voir avec la réalité, soupire Yannick, qui se sépare peu à peu de ses animaux pour s’orienter vers la production de céréales. Les agriculteurs qui ont les moyens d’aller au salon ne sont pas très nombreux. »
Acharnement des coopératives, banques et assurances
Et ce ne sont pas leurs créanciers qui vont les aider à sortir la tête de l’eau, au contraire. L’association Solidarités paysans Bretagne s’alarme de l’acharnement des
coopératives agricoles, banques et compagnies d’assurances, qui maltraitent les agriculteurs déjà en graves difficultés. « Certaines coopératives mettent en place des échéanciers irréalistes, avec des mensualités très élevées, et des taux d’intérêts exorbitants, qui s’approchent des 10% par an ! signale Elisabeth Chambry, directrice de Solidarité Paysans Bretagne. Les agriculteurs ne s’en rendent pas forcément compte lors des négociations, parce qu’ils ne lisent pas nécessairement toutes les lignes des contrats. À ce train là, la dette peut rapidement doubler ! » Les agriculteurs commencent évidemment par payer les intérêts. Résultat : s’ils ont à nouveau des difficultés quelques mois plus tard, ils réalisent que leur dette n’est toujours pas payée...
Le tableau n’est pas plus reluisant du côté des banques. « Les taux sur les prêts pour restructuration sont très élevés, jamais en dessous de 4% par an, souvent au dessus », remarque Elisabeth Chambry. Chez les banquiers, on appelle ça le « coût du risque ». Les banquiers se servent aussi en frais annexes : frais de rejet, frais d’examens de comptes, frais liés aux modifications d’emprunt, etc. « Une famille accompagnée en règlement amiable judiciaire (RAJ, procédure spécifique au domaine agricole pour ré-échelonner, voire supprimer des dettes, ndlr) peut cumuler plus de 4000 euros de frais bancaires, en six mois. Cela équivaut au soutien du RSA sur la même période. » À cela s’ajoutent des pressions graves : le conseiller est injoignable, il refuse d’ouvrir un compte en redressement judiciaire, ou de soutenir une reconversion.
Saisies de cheptels et coupures de courant
« Pour garantir les dettes, les créanciers ont des droits sur les moyens de production voire sur la production elle-même. Un paysan qui a vendu son cheptel de porcs pour faire face n’a pas vu la couleur de l’argent : tout a été versé directement au créancier. Il n’y avait plus rien pour le reste de la ferme », se désole encore Elisabeth Chambry. Les assurances, quand elles ne résilient pas purement et simplement les contrats, envoient volontiers les huissiers. « Je paie 6500 euros d’assurance par an,rapporte un agriculteur normand. Là, j’ai un mois de retard sur certaines cotisations, soit 240 euros. Et bien ils me menacent de résilier tous mes contrats ! » Tenus de payer, les agriculteurs ne sont même plus couverts. « Une pression similaire est mise par EDF. Cela commence par un message qui vous sommes de les rappeler. Vous tombez sur une boîte vocale qui vous dit que vous devez 1000, 1500 ou 2000 euros. Et tant que vous ne faîtes pas de virement, vous avez ce numéro qui vous rappelle sans cesse pour vous rappeler le montant de vos dettes. »
La mutualité sociale agricole (MSA), qui prélève les cotisations sociales des agriculteurs, n’est pas en reste. « Plusieurs agriculteurs nous font part de pratiques qui s’apparentent clairement à du harcèlement », note Elisabeth Chambry. Certains agriculteurs souhaitant se convertir, mais ne pouvant payer leurs cotisations, sont obligés d’auto-financer leurs formations, alors même qu’ils cotisent depuis des années au fonds de formation de la MSA ! « Nous sommes vraiment seuls face à nos difficultés, soupire l’un d’eux. Comment s’étonner que certains d’entre nous craquent complètement ? » En moyenne, trois agriculteurs se suicident chaque semaine, selon les données les plus récentes dont dispose Santé publique France, qui datent de 2011 (en 2010 et 2011, 253 agriculteurs et 43 agricultrices se sont suicidés) [1]. Le secteur de l’élevage bovin est particulièrement touché.
Notes
[1] Le chiffre de 732 suicides d’agriculteurs en 2016, qui circule via une infographie AFP n’a pas été confirmé par Santé publique France, ni par la MSA.




