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    Syrie/Rojava: de Manbij au Shengal, analyse de la situation

    Kurdistan Syrie

    Brève publiée le 15 mars 2017

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://blogs.mediapart.fr/raphael-lebrujah/blog/150317/syrierojava-de-manbij-au-shengal-analyse-de-la-situation

    Il est souvent compliqué de s’y retrouver au vu de la multiplicité des acteurs sur le terrain syrien. Récemment les régions à majorité kurde du Rojava ont subi des attaques de multiples factions auxquels ils ont répondu par des accords avec d'autres factions. Pour cela, il est important de reprendre depuis la nouvelle situation ouverte à Al-Bab

    Le nœud Al-babien

    La prise de la ville d'Al-Bab fin février 2017, par l'armée turque et ses supplétifs islamistes syriens (de l'Armée Syrienne Libre [ASL] pour certains), a ouvert un nouveau cycle dans les rapports de force vis à vis des différents acteurs du théâtre syrien. L'armée turque, et son opération « bouclier de l'Euphrate » s'était engagée auprès des forces gouvernementales à ne pas pénétrer dans le territoire syrien à plus de 15 km, tout en promettant de remettre ses territoires au régime syrien une fois les « terroristes » chassés. Cette opération débutée avait pour but officiel de chasser Daech et « les Kurdes ». Dans la réalité cela était surtout tourné contre les Forces Démocratique Syrienne (FDS), coalition multiethnique et multiconfessionnelle majoritairement kurdo-arabe avec une forte minorité chrétienne dans le nord syrien. Les FDS sont soutenues sur le terrain par les États-Unis, la France et l’Angleterre.

    Dans la première phase de l'opération, les forces du « bouclier de l'Euphrate » faisaient des sortes de « yoyo » avec Daech. Les villages pris un jour étaient repris le lendemain par Daech, une fois les chars turcs retirés de la zone. En réalité, cela marquait un échange de bons procédés. En échange de céder du territoire, Daech prenait des armes laissées dans ces villages. Au début, sur les réseaux sociaux pro-Daech, on affichait fièrement ces prises de « guerre » jusqu'à se faire plus discret. Puis il y eu quelques escarmouches entre les deux forces, indiquant probablement des « négociations » de plus en plus musclées.

    Mais arrivées à Al-Bab, cela s'est passablement compliqué pour les forces armées turques. Les forces spéciales américaines mobilisées pour l'opération se sont retirées pour deux raisons : officiellement parce qu'elles n'étaient pas là pour prendre Al-Bab mais aussi parce que leurs hommes étaient menacés. En effet, ils ont été menacés par les supplétifs islamistes de se faire égorger à cause de leur soutien aux FDS. Une vidéo a circulé où l’on aperçoit les forces spéciales chassées par des islamistes en hurlant « Allahu Akbar ».

    Les tensions se sont faites sentir quand l'armée turque a lancé son offensive sur Al-Bab. Le régime et les Iraniens ont vivement protesté. La Russie a pris ses distances, mais surtout, Daech a résisté rigoureusement aux vagues d'assauts des forces du « bouclier de l’Euphrate ». La propagande de Daech nous a servi un festival de chars et autres véhicules blindés détruits à coup de missiles anti-chars. On compte plusieurs dizaines de véhicules détruits ou gravement endommagés. Jusqu'à finir par capturer des véhicules blindés, dont deux chars Léopard 2, fleurons de l'industrie d'armement allemand vendus à la Turquie à un faible nombre d'exemplaires.

    Militairement parlant, les combats se sont concentrés aux abords de l’hôpital car il surplombe la ville. Cela fut une véritable hécatombe, Daech profitant de la position en hauteur pour abattre ses cibles plus bas. Le chemin vers les hauteurs en cimetière de véhicules blindés et humains. Il est à ajouter qu’il y eut des frappes russes sur Al-Bab, pour aider l'armée turque à prendre la ville. Certaines frappes se sont « perdues » sur les positions des forces du « bouclier de l'Euphrate » laissant leur lot de cadavres au passage. Officiellement, les forces du « bouclier de l'Euphrate » ont eu des soldats turcs décédés et plus de 400 supplétifs islamistes. Des centaines de blessés viennent compléter ce tableau macabre. Il est probable que ce bilan soit largement sous-estimé. D'après l'agence de presse ANF, des dizaines d'officiers auraient démissionné au cours de l'opération suite aux échecs, aux conditions difficiles et à l'absence de coordination. Fin février, après deux mois et demi de combat sans que les troupes turques et leurs islamistes entrent dans le centre de la ville, Daech s'est retiré du jour au lendemain. Y aurait-il eu un arrangement ?

    Ensuite, Daech se retire de Qabassin, à majorité kurde, et de Bezaah, deux petites villes respectivement au Nord-Est et à l'Est d'Al-Bab. Le régime, quant à lui, avait commencé à lancer une offensive au sud de la ville depuis l'aéroport militaire de Kuweires un peu plus tôt. Dans l'objectif affiché de prendre Al-Bab. Finalement il arriva trop tard mais put s'emparer, in extremis, de Tadef, petite localité au sud de la ville, à la lisière d'Al-Bab. Cette situation attisa les tensions entre les deux protagonistes.

    Le régime entreprit une offensive au nord-est de l'aéroport pour bloquer l'avancée turque vers le sud d'Al-Bab et faire la jonction avec les FDS. Après des avancées rapides, les derniers territoires sous contrôle turc et de ses alliées furent séparés de Daech. Les tensions avec la Turquie ont augmenté, le gouvernement syrien vient de porter plainte auprès de l'ONU contre la présence des troupes turques en Syrie, qu'il juge illégale. Dans la foulée, des médias pro-islamistes ont accusé le régime d’essayer d'infiltrer les territoires sous contrôle de l'armée turque et ses supplétifs, avec la publication de photos des soldats de l'armée arabe syrienne « infiltrée ». Plusieurs escarmouches entre les deux forces ont été signalées sans jamais dégénérer en guerre ouverte.

    situation d'après South Front à Al-Bab à la mi-Mars, vert: bouclier de l'Euphrate, jaune: FDS, rouge: régime, non coloré: Daechsituation d'après South Front à Al-Bab à la mi-Mars, vert: bouclier de l'Euphrate, jaune: FDS, rouge: régime, non coloré: Daech

    La ville de Manbij et les nouveaux enjeux

    Peu de temps après s'être établies dans Al-Bab, les forces du « bouclier de l'Euphrate » ont lancé l'assaut sur les position du conseil militaire de Manbij (MMC), composante des FDS. De combats violents eurent lieu autour de la petite localité d'Arimah, à l'ouest de Manbij. Le MMC avait déjà subi des assauts de la part de l'armée turque et de ses alliées. Une escalade entre les deux forces aurait été une calamité pour les FDS. Quelques mois plus tôt, les frappes aériennes de l'armée turque avaient fait d'importants dégâts en termes matériel et humain, aussi bien à Manbij que dans le canton d'Afrin. De plus, les FDS ont besoin de tous leurs combattants et combattantes mobilisés dans la campagne de libération de Raqqa. Une offensive majeure de la Turquie et de ses alliés détourneraient de nombreuses forces vers Manbij.

    Le régime n'avait plus aucune confiance dans le gouvernement turc. Il interpréta la prise d'Al-Bab comme une rupture de l'accord passé. Par conséquent, comme Washington avant elle, Damas s'est tourné vers « les Kurdes  syriens». Ses derniers cherchent, depuis le début du conflit, un terrain d'entente autour de la reconnaissance de l'autonomie des zones à majorité kurde du Rojava mais le régime syrien la rejette fermement. C'est pour cela que ce fut Moscou qui organisa l'accord et les pourparlers. En effet, officiellement ce n'est pas avec le régime syrien que le MMC a conclu un accord mais avec la Russie. Cette dernière cherche à trouver un terrain d'entente entre son protégé, le régime, et les FDS car la diplomatie russe ne pense pas que le régime puisse reprendre les zones à majorité kurde. L'accord stipule que des « gardes frontalières » du régime occuperont les villages frontaliers à l'ouest de Manbij à la place du MMC, sous la supervision de la police militaire russe. Ces villages se situent entre les forces pro-turques et le MMC, le régime faisant tampon. L'originalité de la situation, les Etats-Unis d’Amérique ont envoyé une force blindée sur les rives du Sajur, au nord de Manbij, eux aussi pour faire tampon avec les forces pro-turques.

    Suite à l'accord avec le MMC et la Russie, un convoi « humanitaire » russe contenant des véhicules blindés est parti à Manbij. Il y eut bien une distribution d'aide humanitaire, et cela était urgent. Le MMC croulait sous des dizaines de milliers de réfugiés venus d'Al-Bab et de ses alentours sans qu'aucune aide ne parvienne jusqu'à présent. Mais des armes aussi ont été données. Des véhicules de transports blindés russes circulaient, dans la ville, avec les drapeaux du MMC et de la Russie. Des responsables militaires du gouvernement syriens ont également visité la ville.

    Mais l'accord cache probablement une autre coopération. Économique cette fois-ci. En effet, les champs de pétrole des régions sous contrôle de FDS sont à l'arrêt car il n'ont pas de débouchés commerciaux. Cela est dû au blocus sévère qui est infligé par la Turquie au nord, par Daech au Sud et par le PDK1 à l'est. La nouvelle liaison terrestre établie avec le régime ouvre de nouveaux débouchés commerciaux à plusieurs niveaux. Premièrement, le régime contrôle les grandes raffineries du pays mais n'a plus accès aux champs de pétrole qui sont majoritairement détenus par les autorités du Rojava et le reste par Daech. Son problème est qu'il manque cruellement d'essence. Le gouvernement syrien est obligé de l'importer à prix d'or. Par conséquent, un accord économique sur le pétrole est fortement probable. De plus, d'après mes informations, la production de pétrole du Rojava a redémarré peu de temps avant la liaison terrestre avec le régime. L'autre niveau concerne des accords agricoles. En effet, le Rojava était le grenier à céréales de la Syrie. Avant la guerre, il produisait 60% des céréales syriennes. Le régime a besoin également d'importation agricole à coût moindre.

    Le dernier aspect est ce que cela apporte au Rojava. Après l'accord, une possible liaison terrestre avec le canton d'Afrin et les quartier d'Alep contrôlés par les FDS permettant de faire circuler de l'aide ou des civils.

    Mais la méfiance et les tensions entre les deux acteurs restent élevées comme le montre l'offensive du régime le long des positions sud du MMC. Elle avait un double but, le premier était de prendre le contrôle d'une importante pompe à eau au bord du lac Assad, contrôler par Daech, qui alimente la région d'Alep. Mais l'autre but était de bloquer toute avancée des FDS par le sud de la ville. Le gouvernement baasiste voit d'un très mauvais œil l'avancée actuelle des FDS vers Raqqa.

    Pour finir sur l'analyse de la situation à Manbij, le régime a fait ces avancées très rapidement. Cela indique une meilleure coopération entre les différentes forces pro-régime et un affaiblissement de Daech. Pour continuer son avancée sur les rives ouest de l’Euphrate, les baasistes et leur alliées devront prendre la ville de Deir Haffer et l'aéroport militaire de Jirah. Ils ont encore beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir contenir l’expansion des FDS vers l'Euphrate et ses alentours. Il en est de même des forces du régime positionnés à Palmyre et qui pourraient avancer jusqu'à Deir-Ezzor, ville à moitié contrôlée par le régime, assiégée de toute part par Daech et convoitée par les FDS, ces derniers ayant indiqué que la ville et ses environs étaient leur cible après Raqqa.

    situation dans le nord du gouvernorat d'Alep à la mi-Mars d'après South Frontsituation dans le nord du gouvernorat d'Alep à la mi-Mars d'après South Front

    Les événements du Shengal en Irak à la frontière du Rojava

    Massoud Barzani, leader du PDK et président sans mandat2 du gouvernement régional du Kurdistan basé à Erbil, en Irak, avait entamé un grand tour des capitales européennes dont Berlin et Paris pour finir par la Turquie à Ankara, à la fin du mois de février. La visite du dirigeant kurde à Ankara avait une particularité inédite, le drapeau du gouvernement régional du Kurdistan flottait aux cotés de celui du drapeau national de la Turquie. C'est un fait rare Turquie d’ériger un drapeau kurde sur les bâtiments officiels. Les deux dirigeants turc et kurde ont beaucoup en commun. En effet, un commerce florissant de pétrole entre le Kurdistan situé en Irak et la Turquie a vu le jour, au détriment du gouvernement central d'Irak, vieil ennemi des deux protagonistes. Ensuite les deux partagent une grande hostilité aux FDS. En effet, les partisans de Massoud Barzani en Syrie soutiennent l'intervention du « bouclier de l'Euphrate » qualifié de force « libératrice ». Le PDK a également une grande aversion pour le PKK3 et son allié de l'UPK4 qui contrôle environ le tiers sud du Kurdistan situé en Irak. Un point commun de plus avec la Turquie qui a également installé de nombreuses bases militaires au Kurdistan situées en Irak, cela ne manqua pas de mettre en colère tous les autres acteurs politiques de la scène irakienne. Pour ainsi dire, le PDK et son président étant très isolés sur la scène nationale, ils ont de sérieuses raisons d'avoir besoin de la Turquie et vice versa.

    De retour de son voyage, Massoud Barzani ordonna à ses « Peshmergas5 du Rojava » de manœuvrer au Shengal. Ses troupes ont avancé sur Khanassor, point vital et symbolique. Vital pour les Unité de défense du Shengal (YBS) proche des FDS, car c'est l'un de leur principaux points de ravitaillement avec le Rojava. Le Shengal est aussi sous blocus du PDK. Symbolique parce que c'est à l'été 2014 que des dizaines de milliers de Yêzidîs6, escortés par le PKK et les YPG/YPJ7, ont été sauvés de la barbarie de Daech qui promettait aux hommes la mort et aux femmes l’esclavages sexuel. Cette situation est arrivée suite au retrait massif des Peshmergas du PDK. Ces derniers ont abandonné les Yêzidîs à leur sort, sans armes. Sans surprise, cela vaut à Massoud Barzani d'être poursuivi en Irak pour « complicité de tentative de génocide ». Le plus intéressant, c'est envers des Kurdes.

    Les YBS avaient été formés par kes Yêzidîs, suite à cet événement. Ses unités sont entraînées par le PKK comme une force d'auto-defense prévenant de nouvelles agressions. Khanassor est aujourd'hui promise à de vives tensions. Les « Peshmergas du Rojava » sont composés de Kurdes syriens et de membres arabes issus des milices islamistes et d'ASL pour d'autres. Ils ont été entraînés par les forces spéciales turques. Une fois à Khanassor, selon les YBS et le PKK, ces derniers refusent qu'ils occupent la ville. Selon les « Peshmergas du Rojava » , ils opéraient une manœuvre de routine avec leurs véhicules blindés. Quoi qu'il en soit, la situation dégénère et des pertes sont à déplorer de chaque côté. S’ensuit une escalade verbale et la mobilisation de troupes de chaque côté. Le PDK a de nouveau fait appel à ce que le PKK se retire de la zone. Le PDK a envoyé des véhicules blindés dans les zones frontalières avec les YBS mais également autour du camp des réfugiés de Makhmour, sous contrôle du PKK, au sud d'Erbil. Les YBS ont déclaré que les peshmergas n'étaient pas les bienvenus après les avoir laissés en pâture à Daech. De l'autre côté, le PKK est prêt à se retirer de Shengal à condition que les Yêzidîs soient en capacité de se défendre. L'UPK a déclaré bloquer l'acheminement en pétrole vers la Turquie ene protestation et le gouvernement irakien a dénoncé les « actions illégales du PDK à Shengal ».

    Le 14 mars, une manifestation contre les attaques des « Peshmergas du Rojava » à Khanassor dégénère, les forces du PDK tirent dans le foule faisant un mort et une dizaine de blessés.

    Cette situation de tension risque de s'aggraver. En effet, les alliés des YBS sont déjà mobilisés sur beaucoup d'autres fronts et cette fois-ci les États-Unis soutiennent le PDK dans sa démarche. Il est clair que cela a été organisé de concert avec le gouvernement turc dans sa politique de contenir par tous les moyens possibles le Rojava et ses alliés suite à son échec à avancer sur Manbij.

    Le Shengal d'après @LCarabinier (les HPE est une milice pro-PDK)Le Shengal d'après @LCarabinier (les HPE est une milice pro-PDK)

    L'offensive sur Raqqa

    L'opération « colère de l'Euphrate », lancée le 5 novembre 2016, par les FDS en partenariat avec la coalition internationale, contre Daech continue d'avancer. Des centaines de villages ont été libérés depuis le début de l'offensive à la mi-mars 2017 et les FDS sont aux portes de Raqqa. Lors de la première phase de l'opération, une importante zone rurale au nord de Raqqa a été libérée par les FDS. Lors de la deuxième phase de l'opération, les rives est de l'Euphrate ont été nettoyées. Notamment après l'encerclement de 57 villages adossés à l'Euphrate qui poussa Daech à évacuer ses positions par le fleuve. Le journaliste Matthieu Delmas était sur place et a notamment montré, photos à l’appui, que la coalition livrait de nombreuses armes et munitions dont des obus de mortier de 120 mm. De nombreux Osprey V-22, aéronefs mi-avion mi-hélicoptère de transport, ont été aperçus faisant la navette entre les aéroports contrôlés par la coalition au Rojava. Au fil de la l'avancée des FDS, le soutien de la coalition est de plus en plus important. La deuxième phase a permis également d'avoir en ligne de mire le barrage stratégique de Tabqa8. En effet, en plus d'être un pont sur l'Euphrate permettant l'accès à la rive ouest, celui-ci est le principal barrage hydroélectrique de Syrie. Il produit environ 30% de l’électricité syrienne. Avec le Barrage de Tishrin, les FDS pourraient contrôler plus de 40% de la production énergétique syrienne. Autre fait important, le barrage sert de base et de prison car il ne peut subir de bombardement sans risquer de s’effondrer. Par conséquent, les personnels et le matériel sont épargnés par les frappes de la coalition. Pour finir, la traversée du barrage ouvrirait la voie sur la prise de la ville du même nom et d'une base militaire plus au sud. Peu de temps après la fin de la phase 2, les premiers véhicules blindés de la coalition internationale ont été livrés. Il s'agit des IAG Guardians, de gros 4*4 blindés qui servent au transport de troupes et d'appuis feu. Il s'agit des premiers blindés légers livrés par la coalition.

    Lors de la troisième phase, qui vise a couper une route stratégique reliant Deir Ezzor à Raqqa, les 2 et 3 février, la coalition a rendu indisponibles les deux ponts de Raqqa permettant de traverser l'Euphrate ainsi que des points d'approvisionnements en eau. Le 4 février, l'opération est officiellement lancée. Le 6 mars l'objectif est atteint. Raqqa est quasiment isolée, la seule route la reliant à l'extérieur est celle passant par l'ouest de la ville jusqu'au barrage du parti Baas. Les Etats-Unis déclarent envoyer 400 soldats supplémentaires sur le terrain, notamment en vue de déployer de l'artillerie de lourde. De nombreux convois de véhicules blindés ont traversé la frontière. Certains véhicules étaient manifestement destinés aux forces spéciales américaine positionnées au nord de Manbij mais il est fort probable que certains sont destinés aux FDS. Les livraisons d'armes tendant à s’accélérer et à se massifier.

    Plusieurs indications montrent que l'opération peut, soit ralentir, soit continuer à son rythme soutenu. Les facteurs qui poussent les FDS à accélérer sont, d'une part que les Etats-Unis veulent prendre la ville rapidement pour se débarrasser de Daech. Ce dernier est très affaibli. Sa capital Mossul est quasiment tombée entre les mains du gouvernement irakien. Il vient de perdre Palmyre et recule rapidement sur tous les fronts, notamment sur celui du régime. Par conséquent, de nombreux territoires tomberont entre les mains des premiers arrivés. Dans le même temps, les FDS redoutent un abandon du soutien de la coalition une fois Daech éliminé ne les poussant pas à les détruire rapidement. De plus, la bataille dans l'espace urbain s'annonce difficile poussant les FDS à la prudence. L'autre aspect qui pousserait les FDS à prendre leur temps est qu'ils sont dans un marathon, que la guerre civile dure depuis 6 ans et risque de durer encore de nombreuses années. Par conséquent il est primordial d'économiser ses forces en privilégiant une avancée lente. On peut estimer le temps pour la prise de Raqqa, en fonction des différentes configuration, entre 3 et 5 mois. 1 à 2 mois pour le contrôle des zones alentours et finir complètement l'encerclement et 2 à 3 mois de bataille dans l'espace urbain de la ville (à titre de comparaison la bataille dans l'espace urbain de Manbij à duré près de deux mois). Bien entendu, en prenant en compte qu'il n'y ait pas de perturbation majeur et que les FDS ne décident pas de ralentir l'opération.

    Dans tout les cas, la Turquie cherche à perturber l'offensive du mieux qu'elle peut, la prise de Raqqa renforçant la légitimité des FDS dans le nord de la Syrie, auprès notamment des populations et des tribus arabes. Les tribus de la région de Raqqa ont prêté allégeance en masse (plus d'une trentaine) aux FDS lors de la campagne, voyant le vent tourner9. Les FDS ont de faite un véritable appui local, aussi bien par les troupes qui recrutaient à la hâte dans les villages récemment libérés autour de Raqa que par les chefs de tribus. Symbole de cet encrage dans les populations arabes, les Al-Sanadid, force tribale arabe d'Hassaké, ont rejoint les FDS dans leur campagne. Il serait intéressant que les experts montrent les éléments de tensions entre Kurdes et Arabes dans la prise de Raqqa, tensions souvent fabriquées par les régimes de la région.

    la situation de l'opération "colère de l'Euphrate" à la mi-Mars via Wikipédiala situation de l'opération "colère de l'Euphrate" à la mi-Mars via Wikipédia

    Perspective

    En laissant des territoires au régime à l'ouest, les FDS se retrouvent en position de force diplomatique10. Dans la configuration de la mi-mars 2017, Erdogan devra se brouiller soit avec la Russie soit avec les Etats-Unis pour pouvoir avancer sur Manbij. La tentative d'attaque des Peshmergas sur les positions des YBS a mis en surtension le Kurdistan irakien. La Turquie se retrouve de plus en plus isolée sur le dossier syrien payant sa politique de soutien à tous les djihadistes, en premier lieu à ceux de Daech et d'Al-Qaïda.

    Il est probable que Raqqa tombe au profit des FDS. Le barrage de Tabqa est à un cheveu d'être pris et les importants champs de pétrole de Deir Ezzor sont à la portée de main. Il se dessine que l’Euphrate est en train de se transformer en frontière naturelle entre le régime et les FDS. Dans ce cadre, les FDS ont intérêt à contrôler un maximum de territoire autour de l'Euphrate pour faire tampon et imposer au régime son autonomie et son projet de fédération.

    La Turquie cherche à provoquer une escalade mais cela semble difficile. L'un des plans proposés par la Turquie est d'attaquer le Rojava dans son centre à Tal Abyad. Mais cela devra être accepté par les forces occidentales, ce qui est peu probable à l'heure actuelle. Erdogan a rencontré Poutine le 10 mars. Il aurait proposé que Manbij soit remise à l'armée arabe syrienne mais cela n'a visiblement rien donné pour le moment, le piège tendu par la Russie à la Turquie se renfermant petit à petit.11 En attendant, elle va chercher à affaiblir toute les forces alliées au Rojava qu'elle peut attaquer directement.

    1Partie démocratique du Kurdistan allié à la Turquie qui contrôle une partie de la frontière entre l'Irak et la Syrie

    2-En effet, il avait eu un premier mandat de 4 ans puis un deuxième qui a été prolongé de deux ans en échange de concession politique aux autres partis d'opposition kurde. À la fin de la prolongation, celui n'a pas voulu céder son poste et perturber le fonctionnement du parlement faisant de lui un président de fait hors mandat.

    3-Parti des Travailleurs du Kurdistan, force de guérillas qui combat l'armée turque depuis 1984

    4-Union Patriotique du Kurdistan

    5-Désigne généralement les combattants kurdes du gouvernement régional d'Irak

    6-Minorité kurde Païenne, majoritaire au Shengal

    7-Unité de défenses du peuple/des femmes, principale composante des FDS à majorité kurde

    8-Aussi appelé al thuwar, barrage de la révolution

    9-Les tribus syriennes  ont tendance à se mettre du coté du plus fort

    10-Certains ont interprété cela comme une faiblesse face au régime, voire prouvant la complicité du PYD, principale parti du Rojava, avec le régime. Mais cet accord est très avantageux avec les FDS.

    11-Voir mon article :

    P.S:lLes cartes utilisées ont été fait des passionés et je leur rend hommage. Elle permette de mieux visualiser la situation même si elles ne sont pas exemptes de certaines approximations (comme toute production humaine).