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Il faut défendre la SNCF !
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http://www.liberation.fr/amphtml/debats/2018/05/31/il-faut-defendre-la-sncf_1655686
Par Annie Ernaux, Ecrivaine , Jean-Marie LACLAVETINE, Ecrivain et Danièle Sallenave, Académicienne, auteure de romans, essais, récits de voyage et pièces de théâtre — 31 mai 2018 à 17:06 (mis à jour à 18:25)
Il ne s’agit pas de préserver un «statut privilégié», mais plutôt la réalisation concrète d’un espoir de justice et d’égalité née il y a plus d’un siècle.
Une cagnotte a été récemment mise en place pour soutenir les cheminots grévistes. Elle a recueilli à ce jour plus d’un million d’euros. Une trentaine d’écrivains ont participé à un recueil collectif prochainement publié par les éditions Don Quichotte, dont les droits iront intégralement à la caisse des grévistes. Cela donne une idée de l’élan de solidarité suscité par le mouvement.
La SNCF a été créée par le Front populaire, dans ses derniers mois, le 31 août 1937. Il s’agissait alors de régler le sort d’un système ferroviaire au bord de la faillite, partagé entre plusieurs compagnies privées - hormis la compagnie de l’Ouest, nationalisée en 1908 car elle était déficitaire. Le déficit accumulé par les différents réseaux pesait sur les comptes publics. Au terme d’une négociation éclair, le gouvernement imposa une réorganisation visant à unifier et à rationaliser l’activité ferroviaire sous la tutelle de l’Etat, qui détiendrait 51 % du capital. La création de la SNCF prit effet au 1er janvier 1938.
Cependant, la nationalisation des chemins de fer, c’est beaucoup plus qu’une solution économique et financière : c’est un symbole de la souveraineté populaire. Le 19 février 1911, Jaurès déclarait : «Les travailleurs de la voie ferrée ont vu juste lorsqu’ils ont demandé […] que l’ensemble des réseaux fût nationalisé» car «il y a pour la classe ouvrière un intérêt vital à ce que des services publics démocratiquement gérés se substituent aux monopoles capitalistes». La même revendication fut avancée lors de la grève massive des cheminots en 1920 : Léon Blum présenta une proposition de loi visant à la «nationalisation industrialisée» du réseau. Le chemin de fer, ce n’était pas seulement un progrès technique, c’était un changement profond des habitudes de vie, et le moyen de diffuser au plus profond du territoire les valeurs et les institutions républicaines. D’où l’attachement viscéral des Français à leur SNCF, renforcé par le souvenir toujours vivace de son rôle dans la Résistance et celui, moins connu, dans la libération de la France au moment du débarquement de juin 1944. Défendre la SNCF, qu’on le veuille ou non, ce n’est pas défendre un «statut privilégié», mais une réalisation concrète de l’espoir de justice et d’égalité née dans les classes pauvresil y a plus d’un siècle. Ce que défendent aujourd’hui les cheminots, ce n’est pas un passé. C’est un avenir, celui de notre service public.
Annie Ernaux Ecrivaine , Jean-Marie LACLAVETINE Ecrivain , Danièle Sallenave Académicienne, auteure de romans, essais, récits de voyage et pièces de théâtre




