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Défendons nos retraites, pas leurs profits !
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La baisse des dépenses publiques est une obsession du patronat, reprise à son compte par Macron. Après avoir déclaré « on met un pognon de dingue dans des minima sociaux, […] et sur la santé c’est pareil », il est passé à l’acte avec les plans pauvreté et santé, et il persévère dans sa recherche d’économie à tout prix en voulant détruire le système actuel de retraite pour le remplacer par un régime universel par points.

La mission a été confiée, il y a un an, à Jean-Paul Delevoye, issu de l’UMP, nommé Haut commissaire à la réforme des retraites. Pour les capitalistes, les 300 milliards d’euros dépensés chaque année pour payer les retraitéEs sont un gâchis considérable, car ce sont des fonds qui échappent aux circuits financiers. Ils veulent « contenir la progression des dépenses » et ensuite les diminuer, alors que ce budget doit augmenter. Le montant moyen des pensions versées aux 16 millions de retraitéEs est de 1 376 euros brut par mois avec des inégalités importantes, plus particulièrement entre les hommes et les femmes qui touchent 1 050 euros brut, 39 % de moins que les hommes qui eux touchent 1 730 euros brut1.
Quelques annonces et beaucoup de flou
Delevoye a confirmé la suppression de tous les régimes actuels, qui devraient être remplacés par un seul régime par points. Les retraites ne seront plus calculées sur les 25 meilleures années dans le privé ou les 6 derniers mois dans le public, mais sur la totalité de la carrière, incluant les périodes avec de bas salaires, ce qui aura pour conséquence une baisse importante des pensions pour la plupart des retraitéEs et plus particulièrement pour ceux et celles qui ont des carrières hachées. Les femmes seraient à nouveau pénalisées. Mais Delevoye s’est voulu rassurant : il devrait être tenu compte des périodes sans activité professionnelle (chômage, maladie, maternité...), les pensions de réversion (versées aux veuves et veufs) et la retraite minimum seraient maintenues, une bonification serait attribuée dès le premier enfant et non plus dès le troisième… Mais aucune précision n’a été apportée sur les modalités d’attribution de ces mesures. Et il n’a pas dit comment et par qui sera déterminée la valeur du point.
Or, comme l’a écrit la CGT à l’issue de la réunion, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Ainsi Delevoye a affirmé que l’âge légal de départ resterait fixé à 62 ans mais il n’a pas rappelé qu’il envisage d’appliquer une décote jusqu’à un âge dit « pivot ». Entre l’âge légal et l’âge pivot, le montant de la pension serait minoré. Quant au ministre des Finances, Bruno Le Maire, il a dit par ailleurs que les pensions de réversion devaient être réservées à ceux qui ont les niveaux de retraite les plus faibles. Delevoye envisage de plafonner le montant de la cotisation de retraite à trois fois le plafond de la sécu, soit aux salaires de 10 000 euros en 2018. Au-delà un régime par capitalisation obligatoire serait créé pour les hauts revenus. Un moyen d’introduire ce type de système, qui aurait vocation à se développer…
Les retraites complémentaires à l’avant-garde des contre-réformes
En 1995, des négociations, dans le cadre des régimes complémentaires de retraites des salariéEs du privé (AGIRC et ARRCO), ont abouti à un accord signé par la CFDT, la CFTC, la CGC et le MEDEF. Le gouvernement a suivi pas à pas les négociations. Le cadre était contraint, il fallait aboutir à l’équilibre des comptes sans augmenter les ressources. Les mesures devaient porter exclusivement sur l’âge de départ à la retraite et sur le montant des prestations. Ainsi, il a été décidé que l’âge de départ légal serait déconnecté de l’âge de départ réel. Dès 2019, unE salariéE avec toute ses annuités qui voudrait partir à 62 ans aura sa retraite complémentaire amputée de 10 % pendant trois ans. Il bénéficiera de sa pension sans décote seulement à 65 ans. Le départ à 62 ans devient fictif pour la plupart des retraitéEs…
Le montant des cotisations accumulées durant la carrière est converti en nombre de points. Ce nombre dépend du salaire et des cotisations. L’accord stipule que, pendant au minimum trois ans, la valeur de ce point (son prix d’achat) devra augmenter plus vite que les salaires. Les salariéEs recevront moins de points et, en conséquence, les pensions complémentaires seront diminuées. L’accord stipule que la valeur du point pour calculer le montant de la pension (le prix de vente) évoluera d’un pourcentage inférieur à l’évolution des prix à la consommation. Les pensions n’augmenteront donc pas.
Ni statu quo ni contre-réforme : retraite à 60 ans et continuité du salaire !
Le droit à une retraite décente est en régression depuis 25 ans. En 1993, la durée de cotisation dans le privé pour bénéficier de la retraite à taux plein est passée de 37,5 à 40 ans, et le calcul de la pension des 10 aux 25 meilleures années. Les règles de départ de la fonction publique ont été alignées, en 2003, sur le privé. En 2008, c’était le tour des régimes spéciaux (SNCF notamment). En 2010, l’âge de départ à la retraite a été porté de 60 à 62 ans à partir de 2018. Et maintenant Macron veut frapper beaucoup plus fort, en démolissant totalement le système de retraite construit de 1945 jusqu’aux années 1980.
Il est néanmoins possible de faire reculer le pouvoir. En novembre--décembre 1995, des grèves d’ampleur et le blocage du pays ont fait reculer le gouvernement qui a retiré les ordonnance s’attaquant aux retraites.
Ce n’est pas par la concertation que l’on pourra reconquérir nos retraites à 60 ans et au niveau de notre salaire, c’est par la mobilisation générale !
S. Bernard
- 1.Chiffres de 2015 (Source DREES).




