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Le collectif Rosa Parks à Paris 8 : détermination, dignité, égalité !

Par Tristan Daul (22 novembre 2018)
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Ce Collectif est né à partir d’un constat et d'une proposition stratégique adressée à la gauche radicale, sociale et politique. Le constat peut se résumer de la manière suivante. Les personnes non blanches sont constamment invisibilisées et discriminées par la société française. L’invisibilisation se joue à tous les niveaux : relégation dans les zones péri-urbaines, invisibilisation dans les médias – sauf lorsque l’injonction leur est faite de se prononcer lors de moments tragiques, invisibilisation politique. La discrimination se joue elle aussi à toutes les échelles : dans l’accès au logement, aux études, au travail, aux services administratifs et publics.

Au delà de ce constat, le Collectif Rosa Parks pose une proposition stratégique pour en finir avec le racisme structurel et les inégalités que l'on pourrait appréhender de la manière suivante : pour que le combat antiraciste ne devienne pas une dimension marginale du mouvement général de l'émancipation, il faut qu'il s'organise sur une base autonome. Autonomie vis à vis de l'Etat, bien sûr, mais autonomie aussi vis à vis des organisations de la gauche sociale et politique. C'est cela, en somme, l'antiracisme politique. C'est à partir de cette autonomie politique et militante qu'il sera possible de « converger », de nouer les « alliances » tant recherchées par les militant.e.s révolutionnaires. Comme l'affirme l'appel du Collectif Rosa Parks : « Parce-que notre antiracisme politique est résolument contre ce système néo-libéral, cet appel, initié par un « nous » de dignité, se termine par une exigence de soutien de « tous ». Si et seulement si, nous résistons ensemble à égalité de regard, nous pourrons ouvrir des horizons d’espoir loin des abimes d’une histoire passée. »

Dans le monde du travail, il faut se rendre compte que la majorité des emplois de sous-traitance, de l’auto-entreprenariat, des services – c’est à dire les emplois parmi les plus précaires et les plus mal payés, sont occupés par les personnes non blanches. Mais un autre point relève des discriminations d’accès à l’emploi : les diplômes hors Union européenne, c’est-à-dire obtenus en dehors de l’UE n’ont pas la même valeur que les diplômes européens. Dès lors, le salaire, les postes ou encore les tâches effectuées ne le sont plus à diplôme égal, mais en fonction du lieu d’obtention du diplôme ! A même niveau d’étude, les travailleurs/euses non blanch.e.s sont, en autre, moins bien payé.e.s.

Dans le cas de l’école, nous devons noter que la majorité des élèves de banlieues sont dirigés vers les filières dites professionnalisantes (ce qui a été particulièrement révélateur avec ParcourSup), c’est-à-dire des filières pensées pour les besoins de main d’œuvre pas chère pour le patronat. Plus, l’école est un laboratoire d’application de la ségrégation raciale : les enfants rroms ne sont pas scolarisés, de même que 80 % des enfants vivant dans des ghettos, dans des habitats de fortunes. La loi sur le voile votée en 2004 (obligeant les jeunes filles musulmanes à devoir choisir entre le voile ou la scolarité), en plus de marginaliser toute une population, met en opposition la prétendue « intégration républicaine » et la liberté de cultes. Le débat ne doit pas porter ici sur la laïcité – ou plutôt l’interprétation qu’en font les unes et les autres – mais sur une réalité : l’islamophobie structurelle s’étale à tous les niveaux de la société et l’injonction faite aux femmes de se dévoiler se retrouve partout, tant à l’école qu’à la plage (rappelons nous des burkinis), dans l’accompagnement des enfants dans les sorties scolaires ou encore, de plus en plus, dans les lieux de travail.

Pour les étudiant.e.s « non-européens », la nouvelle proposition de loi sur le montant d’inscription a la fac viens enfoncer un peu plus le coup. Multipliant par 10 les frais d’inscriptions pour ces étudiant.e.s, il s’agit de faire un tri social, d’en exclure une grande partie pour ne garder que celle qui peut se payer une fac à 3 000 € l’année.

Enfin, nous devons noter que l’invisibilisation en plus d’être géographique est aussi spatiale : les prisons comptent en énorme majorité des détenus non blancs. Lorsque l’on sait que les hommes noirs ou arabes sont en moyenne 20 fois plus contrôlés par la police que les hommes blancs, il y a de quoi prendre la mesure de la répression policière quotidienne qui s’abat sur ces populations.

Il ne s’agit là que de brefs exemples, tant la liste pourrait être longue.

Le Collectif Rosa Parks s'est donc formé pour pointer ces inégalités mais en insistant sur un point central : ces inégalités ne sont pas « immorales », elles sont structurelles. C’est la société française dans son intégralité qui est structuré.e sur et par des mécanismes racistes hérités notamment du passé colonial. Pour lutter contre ces inégalités et par là même exiger l’égalité, il s’agit de lutter politiquement contre ces structures. Dans cette optique, deux journées d’action consécutives auront lieu le 30 novembre et le 1er décembre. Le 30 novembre, il s’agira d’une disparition : disparition des lieux de travail par la grève, des lieux de consommation, des réseaux sociaux. En somme, retourner le stigmate de l’invisibilisation en devenant invisibles soi-même. Le 1er décembre, il s’agira au contraire d’un surgissement, d’une mise en lumière, par une grande manifestation parisienne.

En tant que révolutionnaires, nous sommes pour l’auto-organisation des opprimé.e.s, et pour la mise en place de cadres nécessaires à la réussite. Nous soutenons pleinement ce collectif et ces deux actions. Que celles-ci viennent nous interpeller, c’est tant mieux ! Nos organisations, celles du mouvement ouvrier, ont besoin de prendre conscience qu’elles sont aussi traversées par le racisme structurel – comme elles le sont par le sexisme structurel. L’histoire du mouvement ouvrier est aussi celle, tragique, de la non prise en compte des spécificités et complexités de la classe lorsqu’il s’agit des questions de race et donc des revendications qui en découlent. Entre d’un côté la minorisation (par exemple, à partir de l'après guerre, la CGT s'est opposée à l'introduction de travailleurs/euses étranger.e.s dans la force de travail jusqu'en 1974 et à même été à l'initiative de la création de l'Office national de l'immigration.) et de l’autre la récupération (nous pensons évidemment ici à la création de SOS Racisme et du slogan paternaliste « Touche pas à mon pote »), les organisations du mouvement ouvrier ont une responsabilité énorme dans la fracture entre le prolétariat blanc et le prolétariat indigène. Des initiatives comme celles du collectif Rosa Parks doivent donc percuter nos organisations afin que nous prenions la mesure de ces fractures pour y remédier, d’abord cessant de secondariser voire parfois d’invisibiliser à notre tour ces revendications des non blanc.he.s.

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