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Reconnaître que la Chine est une puissance impérialiste

Contribution dans le cadre des débats sur la stratégie du NPA

Il y a une grande frilosité chez certains marxistes à admettre que la Chine est devenue une  puissance impérialiste. Certains relativisent sa croissance en n’y voyant que le « développement du sous-développement » (LO)[1], d’autres nient qu’elle soit ne serait-ce qu’un « impérialisme naissant » (CCR/FTQI)[2].

Pourtant, la Chine est le 2ème plus gros Produit intérieur brut (PIB). Elle est la première puissance industrielle dans de nombreux domaines, et dispose des plus grosses réserves de change au monde, environ le tiers, en bons du trésor états-uniens essentiellement. Son niveau de recherche et développement est massif (2e budget, 3e pays pour le dépôt de brevets, même si les vieux impérialismes ont encore une nette avance technologique). De plus, elle a la deuxième armée du monde, elle dispose de l’arme nucléaire depuis 1964, de sa propre station spatiale… Par la plupart des indicateurs, l’État chinois, bénéficiant d’une puissante dictature bureaucratique, a une force bien supérieure à celle de chaque pays européen.

La faiblesse relative du PIB par habitant n’est pas un argument suffisant

Certains pensent qu’il faut rapporter les indicateurs au nombre d’habitants. Le PIB/habitant de la Chine est en effet celui d’un pays en développement, où une grande partie de la population est pauvre. Mais cette pauvreté n’empêche pas que les millionnaires chinois soient aussi nombreux que les millionnaires japonais, ni le fait que plus de 25 millions de Chinois gagnent aujourd’hui plus de 25 000 euros par an[3].

Par ailleurs, si l’on prend le PIB/habitant du Royaume-Uni comme comparaison, il était en 1913 de 3,5 fois celui du Japon, et il est aujourd’hui de 3,2 fois celui de la Chine. Or le Japon était clairement vu comme une puissance impérialiste montante par les marxistes de l’époque.

Changement structurel des exportations de Chine

Un autre argument mis en avant est que, derrière le dynamisme chinois, il y aurait les multinationales occidentales et japonaises. Il est clair qu’au début des années 1990, la Chine semblait dans la position de nombreux pays dominés : des multinationales du textile exploitaient la main-d’œuvre locale pendant que les métropoles gardaient le haut de gamme.

Mais la dynamique d’accumulation du capital ne peut pas rester à un niveau si élevé (la Chine a assuré le tiers de la croissance mondiale depuis 30 ans) sans changement qualitatif. Plus de 50% des exportations chinoises sont aujourd’hui à haute valeur ajoutée (high-tech, machines-outils…) et la part des capitaux chinois ou mixtes dans les exportations du pays a dépassé les 50% depuis 2009. L’Etat a joué un rôle actif depuis le début pour attirer les capitaux étrangers dans les Zones économiques spéciales, puis fixer de plus en plus de conditions (transferts de technologies, partenariat avec des entreprises chinoises…). Reflet de ce rapport de force croissant : la mise en veilleuse (du prétexte) des droits de l’homme dans les négociations ou encore l’admission dans l’OMC en 2001, malgré tous les reproches faits à la Chine (protectionnisme, sous-évaluation du Yuan, non respect de la propriété intellectuelle…). Et paradoxalement, la Chine a pu profiter de l’action de l’OMC en trouvant des douanes très ouvertes à l’international.

Ce processus historique a eu des conséquences qui n’avaient sans doute pas été prévues. Mais les capitalistes occidentaux n’avaient pas forcément le choix. Le recours croissant à la production low cost en Chine leur a permis de lutter contre la baisse de leur taux de profit, et de maintenir à peu près le pouvoir d’achat des travailleurs occidentaux malgré une exploitation accrue.

Si l’exportation des capitaux est bien un critère décisif, alors la Chine est impérialiste

Longtemps on pouvait dire que la Chine recevait plus d’investissements qu’elle n’en réalisait à l’étranger. Etant donnée l’importance que Lénine accordait à l’exportation des capitaux, on pouvait y voir une domination. Or cette réalité vient de basculer.

Les IDE émis par la Chine sont comparables à ceux du Japon et supérieurs à ceux de la France, même si le stock total est encore faible. Il faut voir aussi la différence qualitative des IDE : les fusions-acquisitions représentent l’essentiel des flux d’IDE occidentaux depuis les années 1990, alors qu’en Chine leur part est négligeable.

Il est vrai que dans la finance, la Chine est loin derrière les vieux pays impérialistes. Si elle a les trois plus grandes banques mondiales, celles-ci sont peu présentes dans le monde. Mais faut-il y voir un reflet de la force des pays occidentaux ou de leur désindustrialisation ? La force du jeune impérialisme chinois est clairement l’industrie, et on peut rappeler que les Etats-Unis ont détrôné l’Angleterre comme puissance industrielle (à la fin du 19e) avant de la détrôner dans l’export de capital (années 1920), puis dans la finance (1945).

Le Manifeste communiste disait de l’Angleterre : « Le bon marché de ses produits est l'artillerie lourde qui lui permet de battre en brèche toutes les murailles de Chine ». Ironie de l’Histoire, la Chine a presque repris son ancienne position de première puissance mondiale par la même méthode. Et l’Union européenne si libérale s’adonne à des mesures protectionnistes, par exemple contre les panneaux solaires made in China.

De plus, les capitalistes chinois ont déjà commencé à racheter des entreprises européennes ou états-uniennes (comme l’a fait le Japon dans les années 1970-1980 ou la Corée dans les années 1990-2000). Au point de déclencher des réactions politiques, comme le refus des Etats-Unis de voir le groupe Unocal racheté par le pétrolier chinois CNOOC en 2005. Une série de lois ont été prises par plusieurs grandes puissances (France, États-Unis, Allemagne, Russie…) pour interdire les rachats étrangers dans les « secteurs stratégiques ».

Dans la région Asie-Pacifique, le centre de gravité s’est déplacé du Japon vers la Chine. Certains marxistes parlent de sous-impérialisme régional : c’est déjà mieux que de nier l’impérialisme chinois. Mais en fait les multinationales chinoises sont désormais sur tous les continents (1ères pour les échanges avec l'Afrique, 2èmes pour l’Amérique latine…).

Pour un marxisme vivant

La réticence de certains marxistes à admettre l’impérialisme chinois vient en partie d’une crainte de s’écarter de la théorie canonique sur l’impérialisme. Pourtant, il serait faux de prêter à Lénine une vision figée des rapports de force :

« L'Allemagne était, il y a un demi-siècle, une quantité négligeable, par sa force capitaliste comparée à celle de l'Angleterre d'alors; il en était de même du Japon comparativement à la Russie. Est-il "concevable" de supposer que, d'ici une dizaine ou une vingtaine d'années, le rapport des forces entre les puissances impérialistes demeurera inchangé ? C'est absolument inconcevable. »[4]

En fait, si bien des trotskystes refusent de voir dans la Chine une puissance impérialiste, c’est qu’ils s’en tiennent plus ou moins explicitement à l’idée de Trotsky, transformée en dogme, selon laquelle le capitalisme ne peut plus se développer au niveau mondial. Dès lors, malgré les faits, toute croissance est relativisée, les éléments de crise sont considérés toujours comme dominants et les rapports de force entre puissances comme à peu près immuables. Ici comme ailleurs, il est temps de rompre avec ce trotskysme des « Trente glorieuses » et de proposer des analyses marxistes intégrant les acquis trotskystes, mais refusant d’en faire des dogmes qui nous aveuglent sur la réalité.


[1] http://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/la-chine-nouvelle-superpuissance

[2] http://www.ccr4.org/Basculement-du-monde-ou-enieme

[3] http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/02/04/d-ici-a-2022-les-classes-moyennes-exploseront-dans-les-pays-emergents_4359401_3234.html

[4] Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916

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