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    L’accord avec Bruxelles divise la Grèce

    Grèce international

    Brève publiée le 23 février 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.anti-k.org/2015/02/23/laccord-avec-bruxelles-divise-la-grece/

    (Le Monde du 24 février 2015) Lundi 23  février, Athènes devait envoyer à l’Eurogroupe la liste des réformes que le pays compte engager

    Après trois semaines de discussions souvent tendues, l’Eurogroupe a accouché, vendredi 20  février, d’un accord prévoyant, sous conditions, une prolongation de quatre mois de l’aide financière dont bénéficie la Grèce.

     » Hier, nous avons franchi une étape décisive en abandonnant l’austérité, les plans de renflouement et latroïka” – Le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne -« , a déclaré, samedi, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, lors d’une allocution télévisée. » Nous avons gagné une bataille, pas la guerre. Les véritables difficultés (…)sont devant nous « , a-t-il ajouté.

    Les partis d’opposition ont dans l’ensemble salué l’accord, tout en accusant M.  Tsipras de volte-face et de renoncement. Pour Kostas Kragougounis, porte-parole du service de presse du parti conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND, conservateur),  » le gouvernement retourne au point où nous avions laissé les choses, mais dans des conditions bien pires « . Dans un communiqué officiel, le parti de centre gauche, To Potami (La Rivière), estime que  » M.  Tsipras a choisi ce qui semble être le chemin de la logique « .

    Au sein de Syriza, le parti de la gauche radicale, c’est-à-dire celui du premier ministre, des divisions se font jour. Une majorité applaudit certes à la conclusion d’un accord permettant pour la première fois à la Grèce de se présenter en  » coauteur des réformes et de sa destinée « , plutôt qu’en élève soumis, comme l’a exprimé le ministre des finances, Yanis Varoufakis. Mais l’union sacrée qui existait depuis quelques mois en vue de la conquête du pouvoir a volé en éclats dimanche avec la déclaration de Manolis Glézos, eurodéputé et doyen de cette formation politique. Connu pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole lors de la seconde guerre mondiale, il jouit d’une grande autorité morale en Grèce.

     » Changer le nom de la troïka en institutions, celui du mémorandum en accord” et celui des créanciers en partenaires ne change en rien la situation antérieure « , écrit M. Glézos dans un article envoyé depuis Bruxelles.  » Plus d’un mois est passé et la promesse n’est toujours pas transformée en acte. Dommage et encore dommage. Pour ma part, je demande au peuple grec de me pardonner pour avoir contribué à cette illusion « , ajoute-t-il en invitant les amis de Syriza à participer, dans les plus brefs délais, à un dialogue sur le parcours du parti et les manœuvres en cause.  » M.  Glézos n’est peut-être pas bien informé de la réalité des difficiles négociations que nous menons « , réagissait, dimanche, l’entourage de M.  Tsipras. Dimitris Papadimoulis, un autre député européen du parti, a invité M. Glézos à la solidarité  » en étant aux côtés du gouvernement « .

    Ces tensions ne sont pas isolées. La  » plate-forme de gauche « , emmenée par le désormais ministre du redressement productif, de l’environnement et de l’énergie, Panayiotis Lafazanis, avait mis en sourdine sa rhétorique anti-euro lors de la campagne électorale. Dans plusieurs entretiens donnés ce week-end à la presse grecque, il a réaffirmé haut et fort que  » tout arrangement transitoire doit être compatible avec le programme du gouvernement et ne pas nuire à son essence et à son orientation de gauche radicale « .

    Il a aussi prévenu que les projets de loi sur le gel des saisies et mises aux enchères des résidences principales, sur la gestion des créances douteuses des banques et sur l’échelonnement en cent mensualités des dettes fiscales étaient prêts à être présentés devant le Parlement. C’est un avertissement à peine voilé au gouvernement pour l’inciter à ne pas reculer sur son programme de campagne qui prévoyait notamment un éventail de mesures – la hausse du salaire minimum à 751  euros mensuels, le rétablissement d’un treizième mois pour les retraites de moins de 700  euros, le courant payé pour 300 000 foyers sans électricité, etc. – en vue de venir en aide aux Grecs les plus fragiles.

    Or, l’accord de principe conclu le 20  février reste soumis à la validation par les créanciers du pays d’une liste des réformes que le gouvernement devait présenter lundi 23  février à ses partenaires et qui ne seront acceptées que si elles préservent l’équilibre des finances publiques.

    Soulagement

    Le détail de ces mesures reste confidentiel, mais dans une interview au quotidien grecKathimerini, dimanche, le vice-ministre des finances, Dimitris Madras, a exposé les pistes de financement possibles. Il veut récupérer de la marge budgétaire en s’attaquant au trafic de carburant, notamment dans le secteur de la marine marchande, qui pourrait rapporter, selon les estimations livrées par Kathimerini, jusqu’à 1,5  milliard d’euros à l’Etat. Il pense aussi à réorganiser les services du fisc grec (SDŒ), en orientant les contrôles vers les gros dossiers et en ajoutant les douanes à son champ d’enquête. M.  Madras compte enfin économiser plusieurs millions d’euros en rationalisant l’approvisionnement des services de l’Etat (mairies, hôpitaux, etc.) où trop de fraude aurait lieu, estime-t-il.

    Selon un sondage réalisé par Public Issue pour le journal Avgi, proche du pouvoir, 81  % des Grecs jugent positive l’image du nouveau gouvernement confronté à ses créanciers. Dans la rue, pourtant, les avis sont partagés.

    Dimanche était jour de carnaval à Athènes. Malgré l’atmosphère de fête, l’accord de l’Eurogroupe était sur toutes les lèvres.  » Je suis soulagée, avoue Katerina, une jeune mère de famille venue danser avec ses deux enfants au pied de l’Acropole, au son d’un groupe de salsa.Je craignais l’affrontement stérile qui nous aurait coupés de l’Europe et peut-être menés à une sortie de l’euro.  » Katerina a certes voté Syriza,  » mais plutôt pour me débarrasser du précédent gouvernement, qui n’écoutait pas la souffrance des plus pauvres « , précise-t-elle. Son groupe d’amis autour d’elle n’est pas d’accord.

     » Moi, je suis déçu du revirement de Varoufakis et de Tsipras, lance son cousin. J’ai voté pour eux pour qu’ils mettent fin à l’austérité, pas pour qu’ils la prolongent de quatre mois, voire plus ! « 

    Adéa Guillot