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Durcissement du conflit en vue à l’AP-HP
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Une grève est prévue jeudi contre la réorganisation du temps de travail
Une dizaine de minutes. C'est le temps qu'aura duré, mardi 26 mai, la première rencontre entre la direction de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et les représentants de l'intersyndicale. N'ayant pas obtenu le retrait " pur et simple " du projet de réorganisation du temps de travail des 75 000 salariés non-médecins du groupe, les délégués syndicaux ont rapidement quitté la pièce et appelé les salariés à une grève " massive " jeudi.
Cet appel marque-t-il l'entrée dans un conflit social de longue haleine ? Entre 5 000 et 8 000 salariés grévistes ont déjà manifesté sous les fenêtres du siège lors d'une première journée de mobilisation, le 21 mai. " Le fil du dialogue est ténu mais pas cassé, et personne ne veut rompre ce fil ", assure au Monde Martin Hirsch, le directeur général de l'AP-HP, qui était venu proposer aux syndicats un " socle de propositions " sur les conditions de travail dans les 38 hôpitaux du groupe.
Sans pour l'instant les chiffrer ou les planifier, le directeur général met ainsi sur la table les contreparties qu'il entend proposer en échange d'une réorganisation des 35 heures. Il s'engage par exemple à " assurer le maintien des effectifs au lit du malade durant la période du plan stratégique ", à travailler sur la stabilité des plannings ou à augmenter les possibilités de logement pour les salariés. " Une réforme de cette importance ne peut se faire sans un minimum d'adhésion des syndicats ", fait-on valoir au siège de l'AP-HP, où l'on recherche toutes les pistes qui permettraient une reprise du dialogue.
" Sans moyens supplémentaires, inutile de discuter de quoi que ce soit ", annonce Rose-May Rousseau, la secrétaire générale de l'USAP-CGT à l'AP-HP, le syndicat majoritaire. Au projet évoqué par la direction d'une réduction de quelques minutes de la durée de la journée de travail en échange de l'abandon de cinq RTT dans l'année, Mme Rousseau oppose la nécessité pour les salariés " d'avoirune vie familiale et le temps de se reposer correctement ".
Dans le monde hospitalier, on salue certes le " courage " de M. Hirsch d'avoir ouvert ce dossier pour ne pas avoir à supprimer 4 000 emplois dans les cinq années à venir, comme il l'a annoncé, mais on s'interroge. Si le mouvement se durcit, pourra-t-il imposer tout ou partie de sa réforme ? Aura-t-il les appuis politiques nécessaires ?
Marisol Touraine en arbitre
C'est un soutien bien mesuré et prudent que lui a pour l'instant apporté la ministre de la santé, Marisol Touraine. Déclarant d'abord, le 19 mai, qu'elle veillerait " au respect des droits des salariés comme aux conditions du dialogue social ", elle a assuré trois jours plus tard que M. Hirsch avait sa " confiance pour poursuivre les discussions avec les organisations syndicales ". Une prise de distance qui pourrait lui permettre un rôle d'arbitre si le dialogue venait à se rompre à l'AP-HP.
" Après le mouvement des médecins libéraux, le gouvernement ne veut pas rouvrir un front avec les hôpitaux ", analyse Gérard Vincent, le délégué général de la Fédération hospitalière de France. Partisan d'une remise à plat des 35 heures à l'hôpital, il est convaincu que dans ce dossier, " Martin Hirsch n'est pas parti sans assurance de Matignon et de l'Elysée ".
En cas de désaccord persistant, le directeur général de l'AP-HP pourrait imposer ses vues, notamment sur la suppression de certains temps de pause extralégaux, comme les 33 766 journées de repos accordées aux mères pour la Fête des mères en 2014, ou la pause repas des administratifs, aujourd'hui incluse dans leur temps de travail.
" Ce n'est pas souhaitable, naturellement, mais il y a un moment où la réalité doit s'imposer aux différentes organisations, il y a un intérêt général à avoir en tête ", prévient Claude Evin, le directeur de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France. " Le directeur général n'est pas obligé d'obtenir un accord, il est tout à fait capable de passer en force et on le soutiendra ", abonde Loïc Capron, le président de la commission médicale de l'AP-HP.
" Le point de faiblesse de Martin Hirsch, c'est qu'il a ouvert beaucoup de chantiers et que beaucoup ne sont pas refermés, relève un bon connaisseur du dossier. Restructuration de Lariboisière, de l'Hôtel-Dieu, projet de l'Hôpital Nord,fermeture de Villiers-le-Bel, restructuration de la gériatrie… En politique comme ailleurs, allumer partout des petits feux, c'est ça qui peut provoquer des embrasements… "
François Béguin




