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    Les insoumis cherchent les voix des quartiers

    France-Insoumise Mélenchon

    Brève publiée le 19 novembre 2018

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.liberation.fr/france/2018/11/18/les-insoumis-cherchent-les-voix-des-quartiers_1692886

    Des cadres de LFI étaient réunis à Epinay dimanche pour se confronter à la parole des habitants des banlieues. Objectif : mieux prendre en compte leurs aspirations avant 2022.

    Eric Coquerel flâne entre les tables. «Heureux», dit-il. Dimanche, à l’espace Lumière d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), l’événement qu’il a monté avec sa «petite équipe» se déroule bien. Près de 700 personnes travaillent en groupes. Certaines d’entre elles ont le droit de prendre le micro afin de défendre leur combat.

    Les militants ne font pas semblant. Ils dénoncent «l’islamophobie», «le racisme d’Etat», «les violences policières». Des mots qui bousculent la ligne de La France insoumise (LFI).

    Le député de Seine-Saint-Denis assume : «J’ai assuré à tout le monde la liberté de parole.» Il écoute, prend des notes, donne des accolades, note son mail sur un petit bout de papier après les échanges pour «garder le contact». La France insoumise regarde la banlieue avec son plus beau des regards, celui de la convoitise. Le mouvement est persuadé que, lors de la dernière présidentielle, les 600 000 voix manquantes pour accéder au second tour se trouvent dans les parages. Jean-Luc Mélenchon et les siens espèrent rectifier le tir. Comprendre : impossible d’accéder à l’Elysée en 2022 sans le soutien total des habitants des tours.

    «Fracassé»

    LFI ne se pointe pas avec ses gros sabots, ni quelques semaines avant une échéance électorale. Elle prend le temps. S’engouffre petit à petit, crée ses réseaux, notamment en Seine-Saint-Denis via ses cinq députés, sans jouer le rôle de «sauveurs». La banlieue en a vu d’autres. Les belles promesses ne suffisent plus. Au contraire, elles repoussent. Les insoumis souhaitent mettre en avant des nouvelles têtes, «accompagner» des batailles et, lors des élections locales, présenter «des candidats et des listes qui incarnent les quartiers». Un combat difficile. La fracture entre les politiques et la population - qui a le sentiment logique d’être reléguée au second rang -, est profonde.

    À Epinay-sur-Seine, Jean-Luc Mélenchon a refusé de prendre toute la lumière. Celui qui est arrivé en tête dans plusieurs quartiers populaires lors de la présidentielle s’est pointé sur scène vêtu d’une petite doudoune. Le leader des insoumis a parlé une grosse demi-heure. Le temps de dénoncer les «marchands de sommeil», faire référence au drame qui a frappé Marseille, après l’effondrement de deux immeubles, et de se replonger dans une époque lointaine, lorsque toutes les classes de la société («l’ingénieur et l’ouvrier de chez Renault»), se retrouvaient sur le même palier. «Le mélange de la population, c’est la construction de la nation, c’est le peuple», dit-il. Pour Jean-Luc Mélenchon, la banlieue est «la nouvelle France» sur laquelle il faut «s’appuyer» afin de «changer les choses».

    Installé près de la scène, le maire communiste de Stains, Azzédine Taïbi, a apprécié le discours du tribun. «Des atouts existent pour redonner du sens à la vie dans les quartiers, nous ne sommes pas des rigolos ou des misérabilistes», explique-t-il en mettant en avant les «inégalités» subies dans son département. L’édile prend pour exemple les travaux de deux parlementaires de droite, François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo, qui ont rendu un rapport très sombre. Ils y décrivent une «République en échec» en Seine-Saint-Denis. «Le lien est fracassé entre les habitants des quartiers et les politiques, c’est à nous de le reconstruire, de rendre visible des gens invisibles», conclut-il.

    «Conscience»

    Quelques jours avant l’événement, Éric Coquerel nous confiait que les quartiers «meurent à petit feu d’avoir leur parole confisquée, méprisée, étouffée». Dimanche, cette parole a été directe. Plusieurs têtes des quartiers, dont Omar Slaouti, du collectif Rosa Parks, ont mis en avant des sujets qui divisent la gauche et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, à l’image de l’immigration et de l’islamophobie - un terme que LFI n’emploie pas -, sans détour et sous les applaudissements. Un dirigeant du mouvement s’est frotté les mains toute la journée. Il valide le pas en direction des quartiers, mais il voit également les bienfaits dans l’autre sens. «Ce genre d’événement doit également permettre aux dirigeants et militants du mouvement de prendre conscience de la vie des habitants et surtout leurs préoccupations, argumente-t-il. Cette journée est très importante, car elle permet de faire avancer les consciences en interne.» Une manière de remplacer les mots et les théories par le concret.

    En fin de journée, Youcef Brakni, un membre du collectif Vérité et justice pour Adama, grimpe sur l'estrade. Dans un premier temps, il remercie le mouvement pour son opération, pointe les «crispations» sur le fond. Puis, il prévient son monde : «Bien sûr que l’opération insoumise est à visée électoraliste, je ne suis pas contre à condition de faire de la politique, de débattre et mettre nos désaccords sur la table. Mais dans le pays, aujourd’hui, il y a un climat réactionnaire. Et vous devez savoir qu’électoralement, ce n’est pas payant de mettre les "sujets de banlieue" en avant.» Quant à Assa Traoré, sœur d’Adama et visage reconnu de la «lutte» en banlieue, elle a posé une question : «Comment va se positionner La France insoumise dans les quartiers ? C’est bien de se réunir, de faire des meetings, mais que va-t-il se passer après ?»