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Déchets nucléaires : les millions d’euros qui irradient les villes près de Bure
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Pour préparer la liste des cadeaux de Noël, certains élus locaux ont un catalogue un peu spécial où tout ce qu’ils voient en rêve devient réalité. Nouvelle cantine, rénovation des trottoirs, dans la Meuse et la Haute Marne, le père Noël du nucléaire n’est pas une ordure. Mais ces millions de subventions seraient-ils là pour faire accepter un projet controversé ?
Le centre d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure est loin de faire l’unanimité. A cheval entre les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, les galeries à 500 mètres de profondeur devraient accueillir les déchets radioactifs les plus dangereux du pays.
Juste au-dessus, la ville de Gondrecourt-le-Château avec ses 1 100 habitants, fait peau neuve. Cette année, au pied du sapin, des trottoirs flambant neuf. Des travaux impossibles à réaliser sans les subventions du GIP, groupement d’intérêt public, une caisse financée par une taxe sur les réacteurs nucléaires. Une sorte de père Noël local, auquel le maire croit dur comme fer.
Stéphane Martin, maire de Gondrecourt-le-Château, le confirme : quasiment tous les travaux sont aidés. "On est sur 20 millions d’euros de travaux au cours de la dernière décennie”, explique-t-il. La rénovation des trottoirs ? 1 160 000 euros de subventions. Le parc et son lavoir ? 740 000 euros. Quant à la salle des fêtes : 480 000 euros.
Des subventions versées aux communes, mais aussi aux entreprises locales, comme ce fabricant d’engrenages, qui a reçu 1,8 million d'euros en 10 ans. En contrepartie, Dominique Perinel, président de CORDM, a dû coller sur les machines subventionnées un autocollant du GIP. "On a une obligation de publicité pour les machines qui ont été financées." Ce chef d'entreprise est loin d'ignorer que ces subventions sont liées au projet d’enfouissement. "Bien sûr, on va pas cracher dans la soupe”, reconnaît-il.
Nous avons épluché des milliers de subventions sur 20 ans, et fait le calcul. Depuis le lancement du projet à Bure, environ 659 millions ont irradié les communes de la Meuse et de la Haute-Marne. La commune de Bettancourt-la-Ferrée n’a rien touché depuis 2010. Son maire est un des rares élus opposés au projet d’enfouissement. Il refuse ces subventions qu’il juge toxiques. "Là on distribue de l’argent avant qu’il y ait le moindre préjudice, le moindre dommage, déplore Dominique Laurent, maire de Bettancourt-la-Ferrée. Ca signifie que c’est vraiment de l’argent pour acheter les consciences.”
Cet argent sert-il à rendre le projet acceptable pour les populations locales ? Le président du GIP Meuse s’en défend. Il parle d’aménagement du territoire et d’amélioration du cadre de vie des futurs employés du site. “A partir du moment où vous offrez des équipements publics qui puissent leur permettre de s’installer correctement en Meuse vous avez aménagé le territoire de façon cohérente”, estime Claude Léonard, président du GIP Meuse.
Une cinquantaine de millons d’euros versés chaque année alors que les premiers déchets ne sont pas arrivés. La hotte des subventions n’est pas près de se vider, le stockage est prévu pour des milliers d’années.




