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«Les villes deviennent de plus en plus des lieux touristiquement formatées»
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Spécialiste des questions de tourisme, le sociologue Rodolphe Christin est l'auteur du «Manuel de l’Antitourisme»
Spécialiste des questions de tourisme, le sociologue Rodolphe Christin est l’auteur du Manuel de l’antitourisme (Ecosociété).

Quel regard portez-vous sur le tourisme de masse ?
Le surtourisme, tel que l’on en parle dans les médias, n’est pas un phénomène récent. Dans les années 80, il y avait déjà le signe d’une surfréquentation sur certains sites, dans les Alpes par exemple. Aujourd’hui, Venise, Barcelone ou Dubrovnik voient des hordes de touristes arriver, notamment via des paquebots de croisière toujours plus gros. Ce qui est nouveau, c’est que les habitants s’organisent et contestent le bien-fondé de ce tourisme-là. La vie devient plus chère, les loyers augmentent, l’offre de logement s’oriente vers l’offre touristique. Les gens sont obligés d’aller habiter à la périphérie. Il y a un phénomène d’éloignement des populations locales pour trouver des logements et une vie moins chère. Cela entraîne le sentiment d’être chassé de son lieu de vie par le tourisme. De l’autre côté, ceux qui se trouvent au cœur des lieux touristiques doivent supporter les nuisances comme le bruit, les embouteillages, les déchets et dégradations… Si des mesures sont prises par les municipalités pour lutter contre ces effets négatifs, il y a en fait un consensus entre elles et les opérateurs privés pour développer ce tourisme, synonyme de gains économiques. L’autre conséquence c’est que les villes deviennent de plus en plus des lieux touristiquement formatées : on multiplie les festivals, les attractions, les propositions de divertissements multiples et variées.
Comment réagissent les grandes villes face à cette augmentation du tourisme ?
Il existe parfois une contestation plus politique qu’administrative en provenance de la société civile. A Barcelone, il y a un mouvement, certes minoritaire, issu d’un ancrage libertaire ainsi qu’un mouvement lié à la gauche de la gauche, qui critique le tourisme comme dimension centrale du capitalisme. Par ailleurs, la municipalité de Barcelone a pris des mesures : l’accès à certains sites touristiques est devenu payant et le nombre d’annonces de locations sur Airbnb par propriétaire est limité.
A qui profite ce tourisme en hausse ? Les municipalités, les entreprises privées ?
C’est déséquilibré. Il y a privatisation du profit du tourisme qui va dans les poches d’opérateurs privés tels que les transporteurs, hôteliers, les marchands de forfaits, les agences de tourisme. Et de l’autre côté, il y a des coûts pris en charge par les municipalités concernant l’entretien des infrastructures routières, autoroutières, des aéroports mais aussi l’approvisionnement en électricité et en eau.
Quel est l’impact de Airbnb sur le tourisme ?
Airbnb fait de chaque habitant, doté d’un minimum de capital, un opérateur touristique potentiel. De ce point de vue il favorise la pénétration du marché touristique encore plus loin dans les territoires et les pratiques individuelles. Airbnb s’est présenté au départ comme une expérience alternative au tourisme conventionnel. Face à cela, des opérateurs touristiques ont expliqué qu’Airbnb contribuait en réalité à désorganiser le secteur, favorisant un tourisme incontrôlé qui lui portait finalement préjudice. Ces opérateurs touristiques ont proposé de contrôler encore plus les séjours et circuits touristiques de manière à limiter les points de contacts involontaires, imprévisibles, entre les touristes et les habitants des villes. Mais il n’y a pas d’un côté les bons et les méchants. D’une façon générale, pour le marketing territorial qui «valorise» touristiquement les espaces, chaque habitant devient un figurant passif sur la scène touristique, ou au mieux un acteur contributeur. En tant que parisien, vous faites partie de l’image de Paris au regard des visiteurs, vous êtes intégré dans le produit, ou plutôt la marque «Paris». Voilà dans quel monde l’extension du domaine touristique nous conduit à vivre.
Rémy Descous-Cesari Recueilli par




