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"Les dernières années de Karl Marx" de Marcello Musto
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La lutte finale : on a lu "Les dernières années de Karl Marx" de Marcello Musto (marianne.net)
Dans « Les dernières années de Karl Marx » (PUF), un livre foisonnant, le sociologue Marcello Musto, retrace les deux dernières années de la vie du philosophe allemand Karl Marx, décédé le 14 mars 1883. On y découvre notamment un homme à la force de travail hors du commun.

Ses amis et ses proches appelaient Karl Marx (1818-1883) « le Maure », à cause de sa gueule de métèque, tandis que ses petits-enfants l’appelaient « Old Nick », en référence au surnom donné au diable en Angleterre, mais pour la terre entière, son patronyme suffit à l’identifier. Marx, c’est un peu comme Copernic ou Galilée, il n’est pas besoin de lui assigner un prénom, n’était parfois le grand Karl, pour l’identifier.
Ne voir en lui qu’un simple doctrinaire, un progressiste naïf, heurterait sa critique constante « des faiseurs de panacée ». C’est ce dont on s’avise en lisant le livre de Marcello Musto, professeur de sociologie à Toronto, Les dernières années de Karl Marx, traduit en une vingtaine de langues, au succès mérité. On y découvre un Marx dépoussiéré, plein d’humour, qui un jour de 1882 aurait lâché qu’il n’était pas « marxiste ». Un Marx apatride, un citoyen du monde, dévorant l’actualité, s’enquérant des soubresauts financiers et sociaux. Un homme malade, mais vivant jusqu’au bout.
LA MORT D'UN PERFECTIONNISTE
Cette biographie couvre les années 1881-1883, lesquelles permettent de comprendre les tâtonnements de son travail. Marcello Musto, conteur né, évoque parallèlement ses problèmes de santé, ses joies et peines familiales, la dépression de sa fille Éléonore, la maladie et la disparition de sa femme, ses déplacements en Europe, son voyage à Alger en 1882. S’appuyant sur les notes, brouillons, correspondance, articles, qu’il a laissés, il nous convie dans son cabinet de travail. Il nous met sous les yeux une évidence que l’on devinait, mais ne réalisait pas à ce point : Marx était un savant. Un travailleur de la preuve. Un grand obstiné.
Ce n’est pas le capital qu’il accumulait – sans l’aide de son ami Engels, il aurait crevé de faim – mais le savoir. Hors les mathématiques qu’il pratiquait pour le plaisir de l’esprit. Il lisait tout. Dans plusieurs langues européennes. Il lisait même le russe appris sur le tard. Il se nourrissait de chimie, physique, anthropologie, ethnologie, économie, histoire, littérature. Il avait le projet d’une étude sur Balzac. C’était un perfectionniste. Il était obsédé par le contexte. Marx, écrit Musto, « ne cessait d’observer les signes de conflit social qui apparaissaient sous toutes les latitudes, tout autour du monde ». C’était un lutteur.
Ce livre n’est pas celui d’un thuriféraire. Mais d’un archiviste. Il ne commente pas Marx. Il le suit à la trace. Marx était si attentif aux mouvements de l’Histoire qu’il lui fallait se renseigner sur tous les pays. Tenir compte de leur histoire spécifique. Pour lui, il ne fallait pas « confondre des rébellions ou des luttes de résistance sporadique avec l’établissement d’un nouvel ordre socio-économique ». Pas plus qu’il ne fallait confondre la Révolution avec la prise du pouvoir d’État. Le primat qu’il accordait aux conditions sociales et économiques, était son seul viatique.
En Algérie, un an avant sa mort, où son médecin lui avait conseillé de se rendre pour soigner sa tuberculose, il n’a pas le temps de découvrir la réalité algérienne. Revenant en France, il fait une halte à Monaco, s’attarde au casino, qu’il juge être « un enfantillage comparé à la Bourse ». Puis, l’été 1882, il s’en va respirer à Enghien, avant de séjourner en Suisse, et de rejoindre sa fille Jenny, à Argenteuil. Il repart en Angleterre où il continue de travailler. Confiné dans sa chambre, il y meurt paisiblement. « Vivre avec, devant soi, tant de travaux inachevés », leCapital notamment, il ne l’aurait pas supporté selon Engels. Le Maure a quitté la scène en douceur. Au bon moment.




