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Comment articuler nos convergences... et divergences ? (Questions de méthode)

Par Ludovic Wolfgang (11 août 2016)
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Pour aborder la discussion sur l’avenir de la PfA, c’est-à-dire sur les objectifs que peuvent se fixer ensemble les courants qui la constituent, nous revendiquons de partir d’une formule banale, mais cruciale en l’occurrenc : ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare ! En effet, nous sommes d’accord :

  • pour construire un parti révolutionnaire ;
  • pour nous réclamer du communisme et du marxisme et y former des militant-e-s ;
  • pour condamner le stalinisme et le réformisme ;
  • pour nous distinguer de l’anarchisme, de l’anarcho-syndicalisme et de l’autonomisme ;
  • pour l’objectif du pouvoir des travailleur/ses-s et non d’un gouvernement dans le cadre des institutions bourgeoises ;
  • pour construire en priorité sur les lieux de travail ;
  • pour prendre des initiatives de grève, de lutte et de convergence dès que possible, pour défendre l’objectif de la grève générale quand les conditions le rendent audible ;
  • pour prôner et mettre en œuvre l’auto-organisation ;
  • pour le front unique dans les luttes, mais non sur les questions de programme et de gouvernement, pour l’indépendance à l’égard des directions réformistes et syndicales ;
  • pour participer à la construction des syndicats tout en refusant de nous subordonner aux bureaucrates ;
  • pour prendre en compte des oppressions spécifiques dans notre combat ;
  • pour lutter contre l’impérialisme, ses guerres et le néo-colonialisme, pour le soutien aux peuples contre les oppressions en insistant sur l’hégémonie de la classe ouvrière ;
  • pour des méthodes démocratiques à l’intérieur du parti et de nos courants...

Tout cela est certes assez général et ne préjuge pas de la façon dont nous comprenons chaque question en théorie et/ou en pratique ; mais c’est déjà beaucoup du point de vue des enjeux que représente la construction d’un parti révolutionnaire aujourd’hui en France (et dans une certaine mesure à l’échelle internationale). Cela ne veut pas dire que les divergences ne sont pas importantes. En particulier :

  • nous n’articulons pas de la même façon la politique quotidienne et les objectifs programmatiques, la question des « mesures d’urgence », le programme de transition et le pouvoir des travailleur-/se-s ;
  • nous n’avons pas la même appréciation sur les objectifs et la méthode qui ont présidé à la fondation du NPA ;
  • nous n’abordons pas de la même façon la politique à mener dans les syndicats et à l’égard des directions ;
  • nous n’articulons pas de la même manière la question des oppressions spécifiques ;
  • nous n’accordons pas la même place aux luttes écologiques ;
  • nous avons des divergences sur les mots d’ordre concernant l’UE ;
  • nous n’avons pas la même analyse de l’URSS, Cuba, etc.

Mais nous pensons que, ramenées à leur juste proportion, ces divergences pourraient être discutées tranquillement et tranchées au fur et à mesure dans le cadre d’une nouvelle majorité, a fortiori d’un NPA refondé. Il nous semble d’ailleurs décisif de ne pas les mettre sur le même plan : les divergences de tactique nous échauffent parfois dans le feu de l’actualité, mais elles sont beaucoup moins imporantes que les différences d’orientation générale ; celles-ci sont subordonnées aux divergences programmatiques et stratégiques, etc. Par exemple, lors de la réunion nationale de la PfA, des courants ont insisté sur leurs divergences pendant le mouvement contre la loi travail ; nul ne les conteste, mais il s’agissait surtout de divergences de tactique et au pire de divergences d’orientation sur des questions particulières, non sur le programme ou même sur l’orientation générale. Il nous semble évident que de telles divergences, s’il n’y en avait pas de plus importantes, ne justifieraient en aucun cas l’existence de courants séparés !

En outre, quelle que soit sa nature, chaque divergence peut prendre une importance différente selon qu’il s’agit d’un parti de masse, d’une organisation d’avant-garde, du courant d’un parti, etc. Par exemple, un grand parti gère plus facilement qu’un petit les divergences internes, même importantes, car il a plus de prises sur la réalité, qui se charge souvent bien vite de trancher, et tout le monde est obligé de rester « raisonnable » par intérêt à garder la maison commune. Ainsi les grands partis du début du XXe siècle n’ont explosé que sous l’impact de la guerre mondiale et de la révolution russe ! En revanche, les petits groupes se séparent, voire se déchirent d’autant plus qu’ils sont moins efficaces... Or, même si ce schéma est caricatural, il nous semble évident que nos divergences nous font pencher plutôt vers la seconde catégorie que vers la première !

Enfin, on peut s’accorder d’un point de vue matérialiste pour constater que chaque organisation et chaque tendance sont mues par une force d’inertie : chacune entretient son identité, donc ses différences. Cela a indéniablement un côté positif : on ne peut construire que sur du relativement long terme, avec une identité claire et l’acquisition par les membres d’une « culture » de courant, ses façons de penser, ses habitudes, sa sociabilité interne... Mais le principe identitaire peut vite devenir purement conservateur, avec une logique d’organisation qui se pense comme fin en soi et non comme moyen, un sectarisme entretenu, des manœuvres d’appareil, des recrutements reposant trop sur l'affinitaire, etc. Et là encore, ce risque pèse d’autant plus que l’on a moins de prises sur la réalité...

Or chaque courant de la PfA est justement un tout petit courant : la plupart se compte en dizaines et aucun n’a plusieurs centaines de membres... Cela conduit à une concurrence inévitable, avec un sectarisme qui vire à la caricature dès qu’il s’agit de gagner des contact-e-s, voire aux « bons coups » et au bluff. Il est clair que, dans la même situation, si l’un de ces courants était beaucoup plus gros que les autres, un minimum d’intelligence politique suffirait pour qu’il prenne l’initiative de fusionner, c’est-à-dire de les intégrer non en niant les divergences, mais en les secondarisant. En un sens, c’est ce qu’a fait la LCR à la fin des années 1990 sur la base de sa dynamique, en intégrant la GR, PO, VdT et Speb...

Mais notre situation est d’autant plus compliquée que ce n’est pas qu’une question de taille : chacun de nos courants a en outre une assez forte identité propre, qui résulte de toute une histoire, avec un héritage théorique (ou une certaine façon de comprendre l’héritage « trotskyste » commun), une culture propre (souvent issue d’un des courants « trotskystes » des années 1950-70 ou de la rupture avec un tel courant), des expérience et des méthodes différentes... Bref, chacun de nos courant n’a que trop de raisons de vouloir s’auto-entretenir et de croire qu’un rapprochement n’a rien d’urgent...

Enfin, cela est encore renforcé par les appartenances internationales qui donnent un poids particulier à deux courants : l’appartenance d’A&R au SUQI, où se construit une tendance de gauche avec des fractions d’autres pays et plus encore le rattachement (de fait) du CCR à la FTQI (adversaire du SUQI et par ailleurs nourrie des succès du PTS argentin) aggravent évidemment encore plus les logiques identitaires (et cela rendra nécessaire toute une discussion sur les « Internationales »).

Dans cette situation compliquée, nous n’avons pas d’autre choix que de tenir compte de nos différences, en tentant de s’en nourrir collectivement quand ce sont des apports enrichissants pour tou-te-s, de les surmonter s’il s’agit de divergences secondaires et de trouver les moyens d’agir ensemble malgré elles quand elles subisteront. Cependant, il faut à notre avis poser en préalable que le moteur le plus décisif pour tout rapprochement ne peut être que... la bonne volonté politique !

Cette volonté est moins naïve qu’il n’y paraît si l’on fait le pari que la crise structurelle du NPA et la polarisation entre les courants de la PfA, d’une part, la PfC (à laquelle se raccroche la PfB), d’autre part, mettent à l’ordre du jour, de façon simultanée, la construction d’une nouvelle direction et la refondation du NPA comme parti révolutionnaire. Nous pouvons atteindre ce double objectif en mettant en commun nos idées, nos implantations, nos luttes, nos ressources et nos militant-e-s, tout discutant sur les divergences. Quels que soient les rythmes de sa réalisation, un tel pari devrait à notre avis commencer par l’accord sur l’objectif d’une « grande tendance révolutionnaire » pluraliste. Vu la réalité du NPA et de nos courants, les « questions de méthode » ne nous semblent pouvoir être résolues que par cette voie : ce serait certes la plus audacieuse, mais aussi et par là même la plus efficace.

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